Musée du Domaine départemental de Sceaux: Eugène Atget en Ile-de-France
Le domaine de sceaux

Un photographe documentaliste

Eugène Atget en Ile-de-France

Sommaire

Introduction

Né en 1857, devenu en 1890 photographe professionnel, Eugène Atget a toujours été considéré comme un photographe de Paris. Pourtant, bien longtemps avant que cet intérêt pour la ville n’émerge, vers 1897-1899, Atget avait photographié en milieu rural.

A l’occasion de l’exposition "Atget et Sceaux. Entre rêve et réalité", le Musée de l’Ile de France a organisé une série de conférences sur le travail de ce photographe et sa relation à l’Ile-de-France.

Né en 1857, devenu en 1890 photographe professionnel, Eugène Atget a toujours été considéré comme un photographe de Paris. Comme le dit l’historienne américaine Maria Morris Hambourg, « la fondation rurale de la civilisation française n’a jamais été reconnue comme un thème majeur dans l’œuvre d’Atget ». En fait, il ne fait pas de doute que Paris était son premier centre d’intérêt. Pourtant, bien longtemps avant que cet intérêt n’émerge, vers 1897-1899, Atget avait photographié en milieu rural.

On pense en effet que c’est en Picardie, où il se fixa en 1888 qu’Atget acquit la maîtrise de son art. De nombreux clichés de scènes rurales qu’il prit à la campagne dans les environs d’Amiens constituent peut-être les photographies les plus anciennes qui nous restent de lui. Dans le début des années 1890, les plantes et les paysages formaient une partie importante de son répertoire. Sur un total de 7000 à 8000 négatifs, on estime à environ 2000 les prises de vues effectuées en dehors de Paris, ce qui est loin d’être négligeable. De cet ensemble, le Musée de l’Ile-de-France conserve 948 épreuves photographiques ; 66 communes sont représentées.

La méthode Atget

Ancien comédien, Eugène Atget se lance comme photographe pour artistes. Chargé de son lourd matériel, il sillonne l’Ile-de-France.

Pour identifier les sites parisiens qu’il va photographier, Atget recourt à des guides touristiques, comme ceux du marquis de Rochegude. Tout laisse à croire qu’il procède de même pour ses excursions en banlieue. Le choix des sujets de ses reportages est visiblement réfléchi et émane d’une sélection antérieure à son déplacement, faite en fonction de l’intérêt patrimonial qu’il a pu relever au cours de ses lectures. Ayant exercé le métier de comédien plusieurs années au service de troupes itinérantes qui sillonnaient la province, on peut imaginer qu’il eut ainsi des occasions de découvrir les richesses patrimoniales de la banlieue.

On ignore en revanche, s’il partait en repérage avant ses reportages. Ce qui est sûr, c’est que le matériel qu’il transportait, lourd et encombrant - il utilisa toute sa vie une chambre photographique et des plaques de verre 18 x 24 cm -, l’obligeait à calculer ses déplacements. Il voyageait en transports en commun. Il vendait à un coût plus élevé les vues de la banlieue : il évoque en effet dans un courrier les dépenses entraînées par le travail hors de Paris, « et surtout malheureusement avec un débouché très restreint ».

Le regard d'Atget sur la banlieue

Même si Atget décida lui-même de ses prises de vue, ses photographies sont d’abord destinées à satisfaire ses clients. Lorsque l’on s’interroge sur les regards qu’il a portés sur la banlieue, il ne faut par conséquent jamais perdre de vue qu’il a toujours travaillé en tant que photographe commercial.

Le regard d’un producteur de « documents pour artistes »

Atget définissait lui-même ses photographies comme des « documents pour artistes » ; ses images n’avaient d’autre but que de servir de modèle à des peintres ou à des dessinateurs. C’est probablement pour cette clientèle qu’il choisit pour sujet de ses premières photographies des arbres et des plantes. Le thème des arbres est récurrent dans son œuvre : citons pour exemple les racines d’arbres à Saint-Cloud en 1906. Il photographie habituellement les arbres à feuilles caduques, nus, en hiver, en raison de leur caractère graphique, afin de bien montrer les nervures de leurs branches.

Lorsqu’il s’attache à rendre compte du côté pittoresque de certains lieux, une dimension poétique émane indéniablement de la représentation de ces lieux. Prenons pour exemple un intérieur de cour situé dans un quartier ancien de Sceaux.

Relevons d’ailleurs la fréquence de l’adjectif « pittoresque » dans ses légendes.

A partir de 1921, quand Atget vend une partie de ses négatifs de l’Art dans le vieux Paris, il cesse de photographier les éléments décoratifs parisiens pour des vues plus générales de cours de ferme, de routes de campagne ou d’église de village. On retrouve alors les sujets champêtres qu’il affectionnait au début de sa carrière.

Le regard d’un documentaliste du patrimoine

Des environs de Paris, Atget a su saisir le patrimoine le plus intéressant, repérant les monuments et les vieux quartiers appelés à disparaître. A la recherche d’une architecture rurale ancienne, il photographie églises.

Ces thèmes sont les plus fréquents parmi les photographies de la banlieue.

D’une manière générale, il lui est habituel de visiter à plusieurs reprises un même lieu, en y revenant parfois plusieurs années après son premier passage ; mais alors, il choisit des cadrages différents, dans le but de compléter son inventaire visuel.

ll inclut aussi dans sa description du patrimoine des lieux sans réel intérêt architectural ou esthétique mais qui sont chargés d’histoire. Par exemple, des maisons célèbres, telles la maison d’Armande Béjard à Meudon ou des tombes célèbres : la tombe de l’acteur Molé à Antony.

Notons la récurrence de l’adjectif « vieux » dans ses légendes et l’indication « va disparaître », comme au dos de l’épreuve représentant l’ancien château du comte de Saint-Roman, à Villejuif.

Homme à Paris, Atget, passionné par le Patrimoine monumental, fait œuvre de documentaliste. Il s’attache à détailler les différents éléments d’un édifice, comme par exemple les entrées richement ornées ou des détails de portail d’église, des enseignes, des grilles d’entrée des domaines auxquels il n’a pas accès.

Il lui arrive de photographier les intérieurs des édifices, tel celui du château de Maisons-Laffitte, et dans ces édifices, des objets mobiliers, comme des hallebardes ainsi à Marly-le-Roi.

Atget considère comme faisant partie d’un patrimoine menacé de disparition certains sites naturels, comme la rivière de la Bièvre, qu’il photographie à Arcueil-Cachan et à Gentilly.

Le photographe semble inclure aussi dans sa définition du patrimoine les hauts lieux de la vie festive des milieux populaires avec par exemple la Guinguette du gros châtaignier à Robinson. Ces clichés, comme d’autres sur les zoniers ou les petits métiers de Paris, viennent nourrir une conception très moderne du patrimoine chez Atget.

Soulignons en conclusion qu’en dépit des très nombreuses publications qui paraissent régulièrement sur l’œuvre d’Atget, son travail à l’extérieur de Paris n’a jamais fait l’objet d’une étude spécifique approfondie. Les spécialistes ont donné un aperçu de son travail sur la banlieue, mais en s’en tenant à la publication des vues les plus représentatives. Une étude exhaustive reste à mener.

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