Musée du Domaine départemental de Sceaux: La guerre de 1870
Le domaine de sceaux

Une riche iconographie

La guerre de 1870

Sommaire

Les origines de la guerre Franco-Allemande

Engagée en août 1870, la guerre franco-allemande vire au désastre pour les armées françaises. Le 2 septembre, à Sedan, Napoléon III capitule et part en captivité en Allemagne. Le 4 septembre, la république remplace un empire déchu. Pourtant la guerre va se poursuivre pendant encore cinq mois. Siège du gouvernement et centre de la résistance nationale, Paris constitue l’objectif final des Allemands. Du 19 septembre 1870 au 29 janvier 1871, la capitale et ses environs sont assiégés. L’ouest parisien est le théâtre de violentes offensives françaises pour rompre l’encerclement. Autour de Châtillon, Saint-Cloud et Rueil-Malmaison, Français et Allemands s’entre-tuent au cours de combats meurtriers et destructeurs, aujourd’hui tombés dans l’oubli.

Les origines du conflit s’inscrivent dans le long processus de l’unité allemande. Durant la première moitié du XIXe siècle, l’Allemagne est divisée en une multitude d’états, dont la Prusse qui ambitionne de les réunir sous son autorité.

En 1870, l’unification est presque réalisée, seuls manquent les états du sud. Dans l’entourage de Napoléon III, l’hostilité à l’égard de Berlin s’accroît considérablement. Pour la France impériale, une Allemagne unifiée sous l’égide de la Prusse modifierait l’équilibre européen et constituerait une menace. Désigner l’empire français comme ennemi commun à l’ensemble des Allemands permettrait à la Prusse de fédérer les états et de créer une conscience nationale allemande. En juillet 1870, Bismarck teste les réactions françaises en soutenant la candidature au trône d’Espagne du prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, cousin du roi de Prusse Guillaume Ier. Outrée par cette candidature provocatrice, la France en exige le retrait, envisageant même la guerre. Le 12, le prince se retire, Paris jubile. Mais le lendemain, l’insistance française pour obtenir une confirmation écrite indigne Guillaume qui clôt les discussions. Paris décide de mobiliser secrètement le soir même. La dépêche d’Ems, au contenu tronqué et volontairement insultant pour la France, justifiera a posteriori les bellicistes. Le 19 juillet, la guerre est officiellement déclarée. Les calculs de Bismarck se révèlent justes : son orgueil piqué au vif, la France apparaît aux yeux de l’opinion internationale comme la seule responsable du conflit. Tous les états allemands se joignent à la Prusse, Napoléon III est isolé diplomatiquement.

Confiants dans leurs forces, les belligérants ne doutent pas de la victoire. Or les premiers combats démontrent l’état d’impréparation des armées françaises, qui subissent revers sur revers au cours du mois d’août. Le 30, Napoléon III et l’armée de Mac-Mahon s’enferment dans Sedan. Le 2 septembre, l’empereur capitule et part en captivité en Allemagne. Le régime impérial n’y survit pas. Le 4 septembre, l’opposition proclame la République et constitue un gouvernement de défense nationale sous la présidence du général Trochu. Dans un esprit rappelant la ferveur révolutionnaire de 1792, la jeune république organise fébrilement la défense, des armées de fortune sont rassemblées à la hâte en Province et à Paris.

 

Paris, place forte

Depuis le début de la guerre, Paris se prépare à l’éventualité d’un siège. Construit dès 1840, un mur bastionné de 34 kilomètres ceinture la capitale. Un chemin de fer circulaire permet l’approvisionnement des bastions.

Dix-sept forts et redoutes assurent la protection avancée de l’enceinte. Au 16 septembre 1870, 2627 pièces d’artillerie arment la place. Redoutables au moment de leurs constructions, ces ouvrages défensifs ne le sont plus autant en 1870. Les progrès de l’artillerie et la trop faible distance séparant les forts de la capitale (entre 1,4 et 5,3 km) constituent autant de menaces pour la cité. La plupart des forts sont dominés par la ceinture de collines qui enserre la capitale de façon presque continue. A l’ouest, l’espace entre le Mont-Valérien et Saint-Denis est vide, les collines de Garches et Saint-Cloud, les plateaux de Meudon et de Châtillon offrent d’excellents promontoires sur Paris et les ouvrages de Vanves, Issy, Montrouge. En conséquence des redoutes sont construites à la hâte à Gennevilliers, à Montretout, à la Brosse dans le parc de Saint-Cloud, à Brimborion, à la Capsulerie dans le bois de Meudon et à Châtillon. Faute de célérité et de moyens, la plupart ne sont pas achevées à temps. Le 19 septembre, contre toute logique stratégique, le général Trochu abandonne tous les ouvrages avancés de Saint-Cloud à L’Haÿ-les-Roses.

Les effectifs de la garnison atteignent environ 500 000 hommes : 14 000 marins,
80 000 hommes de ligne, 115 000 mobiles, près de 300 000 gardes nationaux, 3 000 volontaires des corps francs. Mais leur nombre ne masque guère leur hétérogénéité. A leur tête le général Trochu cumule les fonctions de chef du gouvernement et de commandant en chef. La défense pâtira lourdement de sa frilosité, de ses hésitations coupables et surtout de son pessimisme quant aux chances de succès.

La guerre dans l'Ouest Parisien

L’armée régulière dispersée, la route de Paris est ouverte. Les Allemands progressent vite et enserrent la capitale dès le 15 septembre, ne rencontrant qu’une résistance sporadique. Les communes de la proche banlieue sont désertées, livrées aux pillards et aux patrouilles.

Le 19 se déroule le premier engagement sérieux du siège. Le général Ducrot tente de reprendre pied sur le plateau de Châtillon avant que les Allemands ne l’investissent. Sur une ligne s’étendant de Meudon à Bagneux, le 14e corps d’armée français affronte le Ve corps prussien et le IIe corps bavarois. Commencés à l’aube, les combats se terminent dans l’après-midi sur un constat d’échec. Les Français perdent 723 hommes, les Allemands 431. Cette opération donne le ton des suivantes : manque de soutien, valeur trop inégale des unités  (certaines fuirent aux premiers coups de feu), commandement déficient. Le soir, les ponts sur la Seine sont dynamités, exceptés celui de Neuilly et l’aqueduc d’Asnières. Paris est définitivement encerclé, la première ligne allemande se déploie sur un front de 83 kilomètres. Le IVe corps s’établit entre Epinay et Chatou. Le Ve à Versailles, sur une ligne Bougival - Sèvres, le IIe bavarois à Sceaux, entre Bièvre et Sèvres, le VIe à Villeneuve-le-Roi, entre la Bièvre et la Marne. Fin septembre, près de 180 000 hommes et 672 pièces d’artillerie ceinturent la capitale, ils seront 400 000 en janvier. Conscient de la difficulté de mener un assaut frontal, le général Von Moltke compte sur l’asphyxie des défenseurs pour s’emparer de Paris.

Aux premiers jours d’octobre, une opération française est engagée contre la Malmaison pour tester les défenses allemandes. Le 13, l’artillerie du Mont-Valérien bombarde le château de Saint-Cloud occupé par les Prussiens. Le même jour, Trochu entreprend une vaste reconnaissance sur le plateau de Châtillon. 25 000 Français se heurtent aux Bavarois dans un périmètre compris entre Clamart et Bagneux. En fin de journée Trochu ordonne la retraite malgré l’intérêt stratégique de repousser la ligne d’investissement, 416 hommes sont morts inutilement. Le 21 octobre, Ducrot tente de s’emparer sans succès du parc de la Malmaison et des hauteurs de la Jonchère, 541 Français et 411 Prussiens sont hors de combat.

Un projet de sortie devait permettre de percer par la presqu’île de Gennevilliers, il est abandonné faute de concertation avec les armées de Province. Trochu reporte alors son attention sur l’Est. Du 30 novembre au 3 décembre, 100 000 Français tentent sans succès de percer sur la Marne. Ce coûteux échec assombrit le moral des assiégés dont les perspectives de succès s’amenuisent. Le 27 décembre, les Allemands achèvent l’installation de leur artillerie de siège et bombardent les forts de l’Est. A partir du 5 janvier 1871, 108 canons pilonnent quotidiennement les ouvrages de Châtillon, Vanves, Issy ainsi que les quartiers de Paris situés rive gauche.

Sous la pression du gouvernement et des Parisiens, une dernière offensive est
tentée. Le 19 janvier, 90 000 hommes, dont plus d’un tiers de gardes nationaux, attaquent les Prussiens entre Buzenval et Montretout. Malgré la violence des combats, l’attaque échoue et laisse 4 000 hommes hors de combat. Buzenval marque le dernier sursaut parisien. La garnison est épuisée, la population souffre de la disette et les armées de Province sont vaincues. Le 22 janvier, Trochu démissionne, remplacé par le général Vinoy. La crainte d’une prise du pouvoir par les révolutionnaires parisiens accélère les négociations. Le 28 janvier, le ministre des affaires étrangères Jules Favre conclut avec Bismarck une armistice de 21 jours. Ses clauses prévoient la remise des forts et le désarmement des troupes de ligne. Le siège s’achève le lendemain, après 133 jours.

La représentation de la guerre de 1870 par les artistes

Le conflit franco-allemand de 1870 a fait l’objet de nombreuses œuvres peintes conservées aujourd’hui dans plusieurs musées français. Beaucoup d’artistes ont brossé a posteriori, d’après leurs souvenirs, des tableaux qui hésitent souvent entre l’allégorie et la commémoration édifiante. Des peintres comme Alphonse Neuville ou Edouard Détaille s’en firent même une spécialité. L’émotion est pourtant absente de ces œuvres à travers lesquelles se pose le problème de la représentation de l’histoire immédiate et de l’engagement de l’artiste. Rapidement et de manière évidente, la photographie peut se substituer avec plus de force à ce type de tableaux figés dans une figuration rigide et académique.

Les graveurs

Dans cette guerre, le noir et blanc de l’eau-forte semble être le médium le mieux adapté à la traduction des émotions soulevées par les événements. En dépit d’une vraie fidélité à ceux-ci, le regard esthétique des graveurs est réel et la tragédie est perceptible, avec plus ou moins de bonheur, à travers un pan de ruine déchiqueté, des corps courbés ou résignés, un cheval mort au premier plan d’une route.

Les aquafortistes présentés ici, tous liés à Cadart et à la Société des aquafortistes qu’il avait créée en 1862, n’ignoraient pas les Désastres de la guerre de Goya popularisés en France par Théophile Gautier ou Baudelaire. Les deux écrivains avaient également soutenu cette société dont plusieurs membres étaient  espagnols ou avaient voyagé et vécu en Espagne. C’est à juste titre et en connaisseur que Gautier a pu comparer certaines planches de Lançon à celles du maître espagnol.

François Pierdon (Saint-Gérand-le-Puy 1821 – Paris 1904) fut peintre de genre, graveur sur bois et aquafortiste. Collaborateur de l’Illustration, du Tour du Monde, il illustra aussi, entre 1846 et 1851, plusieurs grands romans d’Alexandre Dumas ainsi que des Contes de Perrault d’après des dessins de Gustave Doré. Plusieurs de ses eaux-fortes furent réalisées d’après ses propres tableaux.
La série Saint-Cloud brûlé 1870-71, fit partie, comme celle de Desbrosses, de la collection publiée à partir de 1872 : Paris, siège et Commune. La représentation des dégâts causés par l’ennemi prussien l’intéresse au moins autant que le côté humain du conflit. L’anecdote n’est pas loin quand il grave des soldats en patrouille ou dans le gourbi.

Léopold Desbrosses (Bouchain 1821 – Arcueil 1908), exposa au premier salon des Refusés en 1863. Dans ses paysages de Normandie et d’Ile-de-France, il se montre sensible au rendu atmosphérique cher aux impressionnistes ou à Corot dont il avait été l’élève. Il fut membre de la Société des aquafortistes depuis sa fondation en 1862, date de ses débuts de graveur.
Son eau-forte Contre un mur (Buzenval), fait partie d’une série de douze, Paris et ses avant-postes pendant le Siège, publiées par Cadart et Luce en 1871, dans lesquelles il dénonce avec vigueur les horreurs de la guerre. Reprises dans Paris, Siège et Commune (1870-1871), elles sont certainement les plus fortes du recueil. Sans concessions, elles en montrent toute la monstruosité et évoquent parfois le Goya des Désastres de la guerre.

Auguste-André Lançon (Saint-Claude 1836 - Paris 1885) occupe une place à part parmi tous les graveurs de la guerre de 1870. Ses eaux-fortes, plus de cent cinquante, réalisées sur le vif pendant cette période, d’un réalisme parfois cru mais sans pathos ni macabre, sont celles d’un observateur engagé. En effet, entré dans les ambulances de la Presse, il avait aussi servi comme sergent dans un bataillon de marche. C’est l’imprimeur Salmon qui publia ces planches sur la Guerre de 1870 et le siège de Paris, puis la Librairie de l’Art celles destinées à l’ouvrage d’Eugène Véron, la Troisième invasion. Plus tard, il « couvrira » de même la campagne des Balkans en 1877 avec l’armée russe.
A la fin de la Commune, à laquelle il avait activement participé comme capitaine d’une compagnie de Fédérés, Lançon fut interné six mois à Satory et échappa au peloton d’exécution et à la déportation, grâce à son attitude pendant le conflit de 1870.
Ses eaux-fortes montrent bien l’attachement de Lançon au côté humain du conflit, son empathie avec les souffrances endurées.

La plupart des gravures présentées ici (à l’exception notable de celles d’Auguste Lançon) furent publiées par l’imprimeur et éditeur d’estampes Alfred Cadart (Saint-Omer 1828 - Paris 1875).
L’éditeur de la Société des Aquafortistes qui fut à l’origine du grand renouveau de cet art au XIXe siècle, avait débuté en éditant des photographies. Encouragé par Baudelaire, Thoré, Gautier, il sut regrouper dans ses publications une équipe de graveurs comme Bracquemond, Lalanne, Manet, Corot, qui influença beaucoup les paysagistes de la Société, ou encore Ribot. Tout d’abord associé au photographe Félix Chevalier, il s’adjoint ensuite, de 1863 à 1867, Jules Luquet. Au moment de la guerre de 1870, et au moins jusqu’à la fin de l’année 1871, il est associé avec Léandre Luce (Doullens, dates inconnues), lui-même graveur à l’eau-forte. Capitaine dans la garde nationale (8e bataillon, 4e compagnie), Cadart participe au combat de Montretout où il gagne la médaille militaire. Opposé à la Commune, il sera décoré de la Légion d’honneur pour son attitude. Dans les publications qu’il édite en dépit des difficultés financières pendant la guerre et dans les années qui suivent, telles que l’Illustration nouvelle ou l’Eau-forte en…, figurent de nombreuses gravures ayant ce conflit pour thème. Son recueil, Paris, Siège et Commune, paru d’abord en 1871 et enrichi jusqu’en 1878, regroupe nombre d’entre elles par séries de douze eaux-fortes. Martial, Lalanne ou Yon en sont les auteurs, la collection reçoit aussi les contributions de Desbrosses, Pierdon, Saint-Cloud brûlé, mais pas de Lançon, pourtant membre de la Société des aquafortistes en 1865, peut-être en raison des engagements opposés des deux hommes ou du désir de Lançon de se retirer quelque temps après la Commune dans sa Franche-Comté natale.

Les peintres et les dessinateurs

Des trois tableaux présentés ici, ceux de Delâtre et de Vient s’apparentent à la catégorie des souvenirs personnels, sans autre prétention, tandis que la grande composition de Decaen et Guiaud se rattache à une commande commémorative, supposée fidèle à l’événement.

Auguste Delâtre (Paris 1822 – Paris 1907), excellent graveur et imprimeur de la Société des Aquafortistes, est ici représenté comme peintre. La guerre de 1870 marqua la faillite de son entreprise ; sa demeure, son atelier d’imprimeur et tout son contenu furent détruits par un obus prussien. De plus, très engagé dans la Commune, il dut s’exiler en 1871 à Londres, comme beaucoup d’autres. Il y resta cinq ans avant de revenir se fixer à Montmartre jusqu’à sa mort.
La Vue panoramique de Paris prise de Bicêtre en 1871, a peut-être été peinte de mémoire, au début de son exil ou juste avant son départ, comme pour fixer un souvenir de la ville aimée. Le cadrage du tableau - une vue embrassant la totalité de la cité, suffisamment lointaine pour n’en pas voir les souffrances -, s’accorde bien à cette hypothèse.

 Alfred Charles Ferdinand Decaen (Paris 1820 – après 1870), peintre de genre et d’histoire, élève de Drolling et de Couder, exposa au salon de 1846 à 1868. Il peignit plusieurs scènes militaires pendant le second Empire, ainsi que des scènes du siège de Paris. Dans l’œuvre présentée, Ambulances de la Presse à Joinville-le-Pont, 30 novembre 1870, il peignit les figures et Guiaud, le cadre de l’action.

Jacques Guiaud (Chambéry 1811 – Paris 1876), élève de Watelet de Léon Cogniet, fut surtout un peintre de paysages et exposa longtemps au Salon, de 1831 à sa mort. Lithographe de ses propres paysages, il donna aussi beaucoup de dessins au Tour du Monde. Il peignit plusieurs tableaux, en général en collaboration, sur le Siège de Paris et les débuts de la IIIe République, dont deux autres avec Decaen, aujourd’hui au musée Carnavalet : Queue à la porte d’une épicerie (angle de la rue Réaumur et du boulevard de Sébastopol en novembre 1870) et Lecture d’une dépêche à la mairie du IXe arrondissement, rue Drouot (19 janvier 1871). Il s’agissait de commandes d’Alfred Binant qui désirait former « une sorte de précis historique du Siège de Paris » et exposa ces tableaux immédiatement après la fin des hostilités, à la Galerie Durand Ruel, dans une exposition sur le Siège de Paris. Il légua ensuite ces œuvres à la Ville de Paris.

Gustave Vient (Paris 1847 – Paris 1900), peintre de paysages et d’éventails, participe aux Salons de 1878 à 1881.
Son œuvre, Ambulance à Pierrefitte  montre une ambulance s’éloignant dans un environnement presque désert, probablement la plaine Saint-Denis, à la suite des combats sanglants du Bourget. Ceux-ci eurent lieu du 28 au 30 octobre et firent de nombreux blessés qu’il fallut évacuer vers le camp de Saint-Denis ou vers Paris.
Depuis le commencement de la guerre et pendant tout le siège de Paris, les ambulances jouèrent un rôle capital, soignant et évacuant les soldats. Le corps sanitaire comprend des médecins, des infirmiers, aidés par des confréries, surtout les frères de la Doctrine Chrétienne, et aussi par des femmes parisiennes, bénévoles, revêtues d’un bonnet et d’un tablier blanc. L’important matériel roulant, fourgons, omnibus fournis par la Poste et les compagnies de chemin de fer, est souvent complété par d’autres voitures et ambulances particulières.

François-Louis Français (Plombières 1814 – Paris 1897), surtout connu comme peintre de portraits et de paysages, fut aussi pastelliste et aquarelliste. Elève de Gigoux, il fournit diverses vignettes et gravures sur bois pour l’illustration de livres romantiques et de journaux illustrés jusqu’au début des années 1850, puis de  nombreuses lithographies de paysages en camaïeu d’après ses propres œuvres et celles des paysagistes de Fontainebleau.
Ce dessin montre la façade sur jardin, construite par l’architecte Richard Mique pour Marie-Antoinette, après l’incendie fortuit du château pendant les hostilités, le 13 octobre 1870.
Daté de 1871, il fut peut-être dessiné sur le vif vers la fin du printemps. Un sens habile de la lumière y est perceptible. Les nombreux flâneurs, couples, enfants, se promenant au milieu des traces laissées par le conflit (arbres en pot à demi-morts, vase renversé, ouvertures béantes…) paraissent témoigner en revanche du désir de retour à la vie normale affirmé malgré les dommages.

La photographie, la guerre de 1870 et la commune

La photographie prend avec le conflit franco-allemand et surtout avec la Commune une importance jusque-là inconnue : vecteur d’information des populations françaises et étrangères, elle remporte un immense succès commercial.

Les événements qui se déroulent en France en 1870 - 1871 sont intéressants à plus d’un titre pour l’histoire de la photographie. Certes, en 1870, celle-ci n’en est plus à sa première confrontation à la guerre : du conflit américano-mexicain (1846 - 1848) à la guerre de Sécession (1861 - 1865), de nombreuses images furent réalisées. Mais la photographie prend avec le conflit franco-allemand et surtout avec la Commune une importance jusque-là inconnue : vecteur d’information des populations françaises et étrangères, elle remporte un immense succès commercial et devient aussi instrument d’investigation policière. Si certains de ces usages ne sont pas nouveaux, ils s’organisent et se systématisent alors.

Les ruines omniprésentes
Les faits de guerre proprement dits n’ont suscité que peu de photographies. Les opérateurs, chargés d’un matériel encombrant et fragile, arrivent sur les lieux après la fin de l’action. Les vues de cadavres sont rares. Parfois, un groupe de soldats pose pour l’opérateur dans une scène de combat. A cette époque, plusieurs minutes de complète immobilité sont nécessaires. On trouve aussi beaucoup de portraits de militaires français et allemands, sous forme d’albums de "cartes de visite".
Mais l’image de la guerre reste surtout l’image des lieux où elle s’est déroulée. Dès lors, il devient difficile de distinguer la production photographique liée à la guerre et au siège de Paris des vues des destructions causées par la Commune. Car, outre les barricades des Parisiens, ce sont surtout les ruines qui ont attiré l’attention des opérateurs, qu’elles semblent avoir fasciné.
L’activité des photographes s’est concentrée sur les destructions des monuments parisiens : la colonne Vendôme à terre, l’Hôtel de Ville, le palais des Tuileries, immortalisés par Hyppolite Collard, Jules Andrieu ou André Adolphe-Eugène Disdéri sont inlassablement montrés. Quelques photographes, toutefois, se déplacent dans la banlieue : Pierre Petit, Alphonse Liébert ou Bruno Braquehais par exemple.

Un succès commercial
Si la création d’un service photographique des armées remonte à 1865, la photographie est peu employée par les militaires durant la guerre de 1870.
En revanche, l’image photographique rencontre un très grand succès auprès du public. Elle modifie la relation du spectateur au réel en semblant réduire la distance avec le sujet montré. Elle est perçue comme un moyen de connaissance objectif de la guerre de 1870 et de la Commune. Son authenticité ne paraît pas discutable. Dessins et estampes s’en inspirent. Un marché important et organisé se développe. Ces images deviennent des œuvres recherchées et admirées.

L’exploitation politique des photographies
Avec la Commune, la photographie prend une importance encore plus grande. Pour la première fois, son utilisation va poser des questions liées au traitement de l’image comme médium.
Les communards posent en groupes sur les barricades, participant ainsi à la création d’une iconographie révolutionnaire.
Mais la photographie, grâce à sa prétendue qualité probatoire est surtout utilisée à des fins de propagande contre la Commune : photomontages, photomozaïques, reconstitution de scènes « historiques ». Et surtout, les pouvoirs publics versaillais mettent à profit la photographie pour des opérations de contrôle et d’identification des communards. Eugène Appert, proche des milieux judiciaires et fervent anticommunard réalise des portraits de détenus dans les prisons.
Après les événements, un étroit contrôle de la diffusion des images de la guerre et de la Commune sera opéré par la censure. L’amalgame entre Allemands et communards visera à dénoncer, par le recours répété aux photographies de ruines, la Commune comme une entreprise de destruction de la nation française. Cela n’empêchera pas le marché de la photographie de prendre un essor considérable. En 1881, la circulation d’images de la Commune est de nouveau libre.

Les photographes

Trois photographes sont présentés ici : Alphonse Liébert (1827 - 1914), Pierre Petit (Aups 1832 - Paris 1909), Eugène Appert (Châteauroux 1830 - 1890 ou 91)

Alphonse Liébert (1827 - 1914)
Ancien officier de marine, Alphonse Liébert s’établit comme photographe aux Etats-Unis vers 1853. Il arrive à Paris en 1863. De 1872 à 1906, son studio est situé au 81 rue Saint-Lazare.
Il est un de ceux qui ne fuirent pas Paris pendant les événements de 1870 - 1871 et réalise tour à tour des vues de ruines et de barricades autour desquelles s’affairent quelques fédérés. Il dépeint la destruction des édifices par la guerre franco-prussienne et la Commune sans distinguer les ruines dues à chacun des deux événements. Contrairement à nombre d’opérateurs, il sort de Paris pour photographier les communes alentours.
En 1872, il publie ces vues dans un album intitulé « Les ruines de Paris et de ses environs. 1870 - 1871. Cent photographies ». Les deux volumes comportent chacun cinquante vues d’environ 18 x 25 cm. L’aversion qu’inspirait l’ennemi est particulièrement frappante dans le commentaire qui accompagne les épreuves, signé Alfred d’Aunay – pseudonyme du journaliste du Figaro Alfred Descudier.

Pierre Petit (Aups 1832 - Paris 1909)
Pierre Petit est formé dans l’atelier de Disdéri. Il est nommé photographe officiel de l’Exposition universelle de 1867. Pendant la Commune, il se serait réfugié à Versailles. Puis, il parcourt Paris et sa banlieue pour photographier les ruines, avec une voiture portant son enseigne et tirée par deux chevaux. En 1871, le musicien Henri Dombrowski poursuit Pierre Petit pour avoir vendu son portrait comme étant celui du général communard Ladislas Dombrowski. Il a écoulé environ deux cent mille images.

Eugène Appert (Châteauroux 1830 - 1890 ou 91)
Associé avec Bousseton, il exerce l’activité de photographe à Paris à partir de 1862. En 1870, il s’installe rue Taitbout. Il se veut le photographe des représentants du pouvoir, civil et militaire : souverains, nobles, députés, sénateurs, magistrats, généraux... Pendant la guerre de 1870, il fait le portrait d’officiers français et de soldats allemands. Il est surtout connu pour ses nombreux portraits de communards réalisés dans les prisons de Versailles et ses photomontages.

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Paris : second échec du Bourget et perte d'Avron, 9-31 décembre avec trois cartes des opérations militaires/Duquet, Alfred. - Bibliothèque Charpentier , 1896

Paris : les batailles de la Marne, 30 novembre - 8 décembre avec cinq croquis et une carte des opérations militaires/Duquet, Alfred. - Bibliothèque Charpentier , 1895

Paris : Thiers, le plan Trochu et l'Haÿ/Duquet, Alfred. - Bibliothèque Charpentier , 1894

Histoire générale de la guerre franco-allemande, 1870-71/Rousset, Léonce. - Librairie illustrée , 1894 

Paris : la Malmaison, le Bourget et le Trente-et-Un-Octobre, 21 octobre-1er novembre avec deux cartes, un plan et un fac-similé/Duquet, Alfred. - Bibliothèque Charpentier , 1893

Les aérostiers militaires/Béthuys, G. ; Baer, Gil. - H. Lecène et H. Oudin , 1889

Le camp retranché de Paris et la Défense Nationale avec 21 cartes en gravure sur métal/Anonyme. - H.C. Lavauzelle , 1886

Le château de Saint-Cloud, son incendie en 1870 : inventaire des oeuvres d'art détruites ou sauvées/Vachon, Marius. - A. Quantin , 1880

La Défense de Paris, 1870-1871/Ducrot, Auguste-Alexandre. - E. Dentu , 1875

La Marine au siège de Paris/La Roncière-Le Noury, Camille-Adalbert-Marie Clément (Baron de). - Plon , 1872

Campagne de 1870-1871 : siège de Paris : opérations du 13e corps et de la 3e armée/Vinoy, Joseph. - Plon , 1872

Procès du Général Trochu contre MM. Vitu et de Villemessant du Figaro. - Petite Presse , 1872

Le bombardement de Paris par les prussiens en janvier 1871 avec 15 figures et une carte de Paris bombardé/Sarrepont, H.. - F. Didot , 1872

Les environs de Paris après le siège et la guerre civile/Morland, Valère Alphonse. - EclipseE. Bulla éd. , 1871

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