Musée du Domaine départemental de Sceaux: Les Quatre saisons de Carmontelle
Le domaine de sceaux

Un panorama de 42 mètres de long

Les Quatre saisons de Carmontelle

Sommaire

Les Quatre saisons de Carmontelle

Les spectacles associant transparence et lumière se développent au XVIIIe siècle. L’originalité de l’oeuvre de Carmontelle est d’avoir été conçue pour être regardé en transparence. Le dessin était déroulé, image par image, dans une boîte possédant deux ouvertures, placée devant une fenêtre ou une chandelle. L’auteur agrémentait son spectacle, donné à une assistance restreinte, de commentaires ou de musique.

Le transparent des Quatre Saisons, développe, sur 42 mètres, tous les thèmes chers à l’artiste : les campagnes idéalisées et les jardins pittoresques, parsemés de petites architectures appelées « fabriques », l’ensemble animé de personnages appartenant aux différentes couches de la société.

Champs cultivés, bosquets et rivières environnent les villages posés sur les douces collines ou vallées de l’Ile-de-France. Les divers tableaux du transparent montrent les travaux des champs, tels la fenaison ou la moisson, les activités dans les bourgades et les fêtes, animées par des personnages aux costumes d’une grande variété.

Demeures cossues, églises aux toits pointus, moulins à aubes ou à vent défilent au gré des saisons. L’hiver présente des arbres dépouillés et une campagne enneigée, aux lacs parcourus par des traîneaux de fantaisie, le printemps se pare d’arbres en fleurs, l’été éclate dans des contrastes de couleurs vives, l’automne baigne dans une chaude harmonie. Par ailleurs la technique de l’artiste lui a permis de restituer habilement des scènes nocturnes ou d’incendie, comme ses contemporains fascinés notamment par les éruptions napolitaines du Vésuve.

Ces inventions et créations artistiques originales ont été encouragées par le grand mouvement intellectuel né dans les salons du Siècle des Lumières, dont l’influence s’est largement diffusée dans toute l’Europe et même jusqu’au cœur de la jeune nation américaine. Introduit dans l’aristocratie foncière et proche de la grande bourgeoisie financière, Carmontelle côtoyait également les cercles des encyclopédistes, des physiocrates et scientifiques. Ainsi naquirent ses transparents, ses portraits, ses proverbes, reflétant l’art de vivre de cette société qui appréciait la comédie et les divertissements, mais qui aspirait aussi au bonheur et au progrès au sein d’une nature recomposée.

Carmontelle, sa vie et son oeuvre

Carmontelle, naît à Paris, en 1717. Présenté à plusieurs membres de familles aristocratiques dans les années 1750, il réalise ses premiers recueils de portraits

En 1763, le duc Louis-Philippe d’Orléans lui propose de devenir lecteur de son fils le duc de Chartres, futur Philippe-Egalité.

Progressivement il deviendra leur organisateur de spectacles, écrivant et mettant en scènes de nombreux divertissements théâtraux.

Entre 1773 et 1778, Carmontelle dessine les jardins de Monceau pour le duc de Chartres. Les vues les plus pittoresques du site sont présentées dans un recueil gravé, publié en 1777.

En 1780, Carmontelle a vraisemblablement participé aux transformations, dans le goût pittoresque anglais, du parc du château du Raincy (Seine-Saint-Denis), propriété du duc d’Orléans.

En 1785, après la mort du duc d’Orléans, Carmontelle demeure au service de son fils qui prend le titre de son père.

Il perd ses protecteurs pendant la Révolution française. En 1798, il continue à exécuter des transparents dont l’exceptionnel qui porte le titre Les quatre saisons, le plus grand connu au monde, conservé au musée de l’Ile-de-France, à Sceaux. Carmontelle s’éteint à l’âge de 89 ans, en 1806.

Divertissements et illusions

Durant tout le XVIIIe siècle, l’usage des boîtes d’optique s’est progressivement répandu, à la fois dans les salons et dans les spectacles populaires.

Ces instruments utilisaient principalement des gravures ou, plus rarement des dessins. Les plus simples étaient constitués d’une boîte de bois, équipée d’une lentille biconvexe et d’un miroir incliné à 45° donnant de l’image regardée une illusion de profondeur et de relief. Le physicien, chimiste et inventeur français Jacques Alexandre Charles (1746-1823) possédait dans son cabinet ce type d’appareil, ainsi qu’une collection de quarante dessins à la gouache ou à l’aquarelle, montés en vues d’optique dans un cadre de bois. Ceux-ci avaient été exécutés par des peintres paysagistes de son entourage : Valenciennes, Baltard, Dunouy, Pierre Prévost, et Auguste Gandat, mort à Ermenonville en 1797. Ce dernier avait dessiné pour Charles plusieurs vues d’optique, dont celles représentant Ermenonville prise de l’intérieur du château, ainsi que Troismoulin près Meulun et cerf-volant de Charles (présentées dans l’exposition).

D’autres modèles à support vertical, appelés zograscopes, sont parfois soigneusement ornés de marqueterie, comme l’optique à la forme galbée d’époque Louis XV conservée au château de Flaugergues, près de Montpellier (présentée au château).

Les lanternes magiques, diffusées en Europe par les colporteurs, étaient montrées à la Cour, dans les salons, dans les cabinets de physique et dans les spectacles populaires.

Ces appareils utilisaient des vues translucides, lumineuses, transparentes qui étaient projetées sur des écrans. Les images projetées pouvaient atteindre de grandes dimensions, et être admirées par de nombreux spectateurs. Les vues étaient peintes à la main sur de plaques de verre.

Les théâtres d’ombres chinoises étaient un autre divertissement devenu très populaire à la fin du XVIIIe siècle. Dominique Séraphin François, dit Séraphin, créa son premier spectacle à Versailles en 1772, puis fonda un théâtre installé dans une des galeries du Palais Royal en 1784. Ces spectacles connurent un grand succès, puis furent en vogue à Londres. Un rare théâtre d’ombre provenant d’une collection particulière sera présenté dans cette exposition.
A la fin de cette section consacrée aux divertissements, les visiteurs découvriront un film présentant l’ensemble des vues du transparent de Carmontelle (environ 20 mn).

Une image de la société à la fin du XVIIIe siècle

Les activités dans les villages et les campagnes au cours des saisons, les fêtes et loisirs aristocratiques et populaires.

L’aspect de la campagne en Ile-de-France au temps de « la douceur de vivre » apparaît sillonnée de routes parmi lesquelles se distinguent les vieux chemins ruraux reliant les villages et contournant les propriétés, et les routes royales ou avenues de chasse rectilignes. Les dessins de Carmontelle et de ses contemporains montrent aussi les maisons de villages regroupées autour des églises, entourant un carrefour ou bordant une route qui forme dans l’agglomération une grande rue étroite et sinueuse.

Ces œuvres présentent également des domaines seigneuriaux, dont les parcs parfois immenses se prolongent souvent par des bois ou des terrains de culture. Alentours se distinguent des champs, des pâturages ou des vignes. Les laboureurs, ceux qui possèdent un train d’attelage, sèment les céréales, les plantes fourragères et les légumes, culture concentrée aux abords de la capitale. La production de fruits se concentre plutôt à l’Est, à Montreuil ou Bagnolet. La vigne tient une place importante, surtout sur les coteaux de l’ouest et du sud. Bagneux, Meudon, Suresnes ou Courbevoie produisent des petits vins âpres, secs et peu chargés en alcool, appréciés à l’occasion des fêtes villageoises. Les équipages parcourent, au son de la trompe, les forêts qui recouvrent encore largement cette région d’Ile-de-France. Dans les dessins, entre les villages, les champs s’émaillent de boqueteaux. Ils correspondent aux « remises », dont l’entretien est imposé aux cultivateurs. Comme le droit seigneurial de colombier, ces servitudes, qui entraînent les oiseaux et le gibier à dévaster les champs, constituent un des importants griefs des villageois d’Ile-de-France contre ceux qui en possèdent les privilèges.

La batellerie constituait une activité importante en Ile-de-France car Paris recevait par eau une grande partie de son approvisionnement d’amont et d’aval. D’une rive à l’autre, sur la Seine, fleuve au régime régulier et éminemment navigable, sont installés des ouvrages d’art améliorés au cours des temps, comme entre Neuilly et Courbevoie. Il faut citer plusieurs sites pittoresques qui stimulent le talent des artistes : Corbeil et Charenton, carrefours essentiels pour le trafic des céréales ainsi que Pontoise, capitale historique du Vexin, située sur un escarpement délimité par le confluent de l’Oise et de la Vione.

Le village de Bezons célèbre sa fête annuelle à la fin du mois d’août. Elle se déroule au bord de la Seine et attire de nombreux parisiens et habitants des environs. Situé à l’entrée de la presqu’île de Gennevilliers, le village de vignerons de Suresnes jouit d’une grande réputation pendant plusieurs siècles fournissant un des meilleurs crus d’Ile-de-France. Les dessins de Develly, conservés au Musée de l’Ile-de-France et présentés dans cette exposition, constituent un témoignage de l’époque où les habitants de la capitale et des environs viennent joyeusement fêter les vendanges à Suresnes ou se divertir dans le parc du château de Saint-Cloud.

Les grands domaines et sites pittoresques d'Île de France

Vincennes, Saint-Cloud, Chantilly, Sceaux ou Neuilly, célèbres domaines historiques, attirent l’attention d’artistes contemporains de Carmontelle. Ces propriétés reçurent de nouveaux aménagements au goût du jour durant la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Les dessins présentés montrent de nouvelles plantations dans le parc de Saint-Cloud et offre un aspect préromantique à l’époque du duc de Penthièvre, à Sceaux, indépendamment des grandes lignes tracées par André Le Nôtre au siècle précédent. Au Raincy, pour le duc d’Orléans, le jardinier écossais, Thomas Blaikie, introduit les formules du jardin paysager britannique, qui devient un nouvel Eden où tout respire à la dernière mode. Néanmoins, le retour à l’antique, associé souvent à un nouveau regard sur la nature a produit une sorte de césure dans les années 1760-1770. Plusieurs demeures d’une rare élégance extérieure, souvent inspirées des modèles de l’architecte italien de la Renaissance Andrea Palladio, et dotées d’un extrême raffinement intérieur seront érigées à cette époque : Trianon, Bagatelle et la Folie Saint-James, agrémentées de jardins au goût du jour.

Présentation de l'exposition "Le voyage en images de Carmontelle"

Depuis 2003, une restauration intégrale de l’œuvre, complétée d’analyses effectuées par le Laboratoire de recherche des Musées de France, a permis de retrouver son aspect visuel d’origine et d’approfondir nos connaissances sur ses techniques d’exécution. Ce dessin avait été conçu pour être déroulé, image après image, dans une boîte exposée à contre-jour. Il constituait un spectacle de salon, accompagné d’un commentaire, de musique et de bruitages, donné devant une assistance choisie.

L’exposition consacrée à ce transparent présente au public l’œuvre telle qu’elle était montrée à l’époque de sa création. Par ailleurs, il est nécessaire d’en donner les différentes clés de lecture en la resituant dans son contexte historique et artistique. Dans cette seconde moitié du XVIIIe siècle, particulièrement riche en créations de jardins pittoresques, Carmontelle est également réputé pour ses propositions d’aménagements de jardins, notamment au parc Monceau et vraisemblablement au Raincy. Carmontelle attaché à la famille d’Orléans, est en contact direct avec une aristocratie qui soutient les idées et les modes venues d’Angleterre, les jardins étant considérés comme une nouvelle Arcadie, où doit régner l’harmonie.

Sous le thème des quatre saisons, le dessin de Carmontelle montre avec raffinement et poésie les diverses activités des patriciens et des villageois, dans des paysages d’Ile-de-France, conçus comme de vastes jardins. Des études spécifiques sur le paysage au fil des saisons et sur les costumes permettent de mieux saisir ce que fut la société des dernières années du Siècle des Lumières.

De nombreuses œuvres issues du Cabinet des dessins du Musée de l’Ile-de-France, ainsi que les prêts généreux accordés à cette occasion, portraits de Carmontelle et divertissements d’optique, permettent de mieux saisir ce que fut la société de cette époque.

La scénographie de l’exposition "Le voyage en images de Carmontelle"

Cette exposition que nous avons réalisée au musée de Île de France à Sceaux nous a posé des questions inédites. Confrontées à cette "miniature gigantesque" qu’est le transparent de Carmontelle, aux dessins de paysage de ses contemporains, nous avons d’emblée eu la conviction d’être devant une œuvre des plus fragile, de celle qui ne se révèle au visiteur qu’à la condition d’ouvrir le flacon. Un monde entier est là, fait de personnages, de paysages de routes et de campagnes, la nuit, le jour, dans l’air et la lumière des quatre saisons. Pour en saisir la grâce, il faut entrer dans le dessin. Sur les pas de Carmontelle, nous apprenons à regarder, jouer, nous divertir, avec les moyens simples de l’époque. Nous convions le visiteur dans une promenade à surprises dont les effets sont ceux du théâtre et des jeux d’optique, dont le vrai sujet est la main, la sensibilité du dessin.

L’exceptionnel ensemble de lambris peints de gracieux bouquets de fleurs, provenant de « la Folie » de Melle Guimard peut être admiré au premier étage du château de Sceaux. Cette célèbre danseuse organisait des spectacles dans ce pavillon, dont certains étaient mis en scène par Carmontelle. Une ambiance de cabinet de curiosités y est évoquée. Plusieurs costumes d’opéra complètent ces décors.

A proximité, le grand tableau d’Hubert Robert représentant le château et le parc de Méreville, faisant partie des collections permanentes du musée, permet d’apprécier les vastes travaux d’aménagements contemporains ordonnés par Jean-Joseph de Laborde, banquier de la cour.

Site internet du département des Hauts-de-Seine

domaine-de-sceaux.hauts-de-seine.fr est un site du conseil départemental des Hauts-de-Seine