Musée du Domaine départemental de Sceaux: Affiche du Chemin de Fer d'Orléans. Paris à Sceaux et Limours.
Le domaine de sceaux

Affiche du Chemin de Fer d?Orléans

Affiche du Chemin de Fer d'Orléans

A partir du 11 mars, le musée de l’Île-de-France sort de ses réserves une affiche du chemin de fer d’Orléans évoquant le tracé de la ligne passant à Sceaux vers 1900, le long des paysages champêtres et boisés de la région, l'ancêtre de notre RER B.
Cette affiche vous transportera dans l'ambiance des dimanches de la Belle Epoque. Rendez-vous salle Guimard au premier étage du musée jusqu'au 8 avril.

Inventées au milieu des années 1880, les affiches ferroviaires ont dès le départ été conçues par les compagnies de transport comme des supports de promotion invitant au voyage, à la découverte et au dépaysement. Jusqu’à cette époque, seuls les guides illustrés, les panonceaux typographiques ornés de vignettes ou les annonces d’informations pratiques publiées dans la presse, renseignaient utilement les voyageurs sur leurs différentes destinations. L’idée de recourir à la publicité sous forme de brochures illustrées puis d’affiches de plus en plus attractives s’imposa et c’est par celles-ci que le chemin de fer se fit véritablement connaître du grand public, tout au long de son expansion au XIXème siècle.
L’affiche du Chemin de Fer d’Orléans exposée ici, nous ramène à la belle saison des années 1890, pour suivre le temps d’un voyage, le pittoresque trajet de la ligne de Paris à Sceaux puis Limours, le long des paysages champêtres et des sites touristiques de la vallée de Chevreuse.

Affiche du Chemin de Fer d’Orléans.  Paris à Sceaux et Limours

Affiche du Chemin de Fer d’Orléans.  Paris à Sceaux et Limours
Anonyme. Imprimerie Ferdinand Champenois
Lithographie en couleur
Après 1893
Collection du musée de l’Île-de-France, Inv. 76.5.1
Photo Pascal Lemaitre

A bord de la ligne de Sceaux

Ancêtre de notre RER B dans sa partie sud, la ligne de chemin de fer de Paris à Sceaux fut inaugurée en 1846 et connu dès son ouverture un succès considérable en permettant aux Parisiens de s’aérer et de se détendre à peu de distance.
La ligne, conçue par l’ingénieur et polytechnicien Jean-Claude-Républicain Arnoux (1792-1866), utilisait un dispositif ferroviaire original, composé de trains aux différentes rames articulées selon un système breveté unique, ainsi qu’une voie large de 1,75 mètre. L’ensemble permettait aux convois de conserver de la vitesse sur des lignes courbes très serrées et de franchir les inévitables déclivités du parcours en multipliant les virages, ce qui réduisait les dépenses d’infrastructure, de viaducs et de tunnels.
L’embarcadère était situé à l’une des barrières de l’enceinte des Fermiers Généraux, sur le territoire de Montrouge avant l’annexion de 1860, à l’emplacement de l’actuelle gare Denfert-Rochereau. Le trajet, d’une longueur de 10,5 km aboutissait au débarcadère de Sceaux, face à l’église et près du jardin de la Ménagerie dont le bal, célèbre depuis la Restauration, attirait foule.
Partant de la Barrière d’Enfer, franchissant le fossé des fortifications, la voie suivait une trajectoire relativement droite le long de la route d’Orléans avant d’atteindre Arcueil et Bourg la Reine, desservis au passage, puis gravissait par une succession de lacets sinueux, la pente très prononcée séparant Fontenay-aux-Roses de Sceaux.
Le succès de cette ligne aux allures de promenade fut instantané. Il ne fallait qu’une grosse demi-heure pour en atteindre le terminus et le dimanche, à la belle saison, les trains régulièrement pris d’assaut par des citadins attirés par le bal de Sceaux et les possibilités d’excursions dans la campagne environnante. Beaucoup finirent par emprunter à l’ouest la direction du Val d’Aulnay et de ses bois, entre les communes du Plessis-Piquet et de Chatenay. C’est ainsi qu’en 1848, Joseph Gueusquin (1819-1889), restaurateur parisien des Grands Boulevards, venu danser à Sceaux avec son épouse et se promener aux alentours, eut l’idée d’installer dans l’un des plus gros châtaigniers du bois d’Aulnay, une suite de cabanes de bois accessibles par un escalier, pour en faire un restaurant. L’enseigne, Au Grand Robinson, s’inspirait tout à la fois du mythe de Robinson Crusoé créé par Daniel Defoe en 1719, que du succès du roman de Johann Davis Wyss,  Le Robinson Suisse paru en France en 1813.

En excursion à Robinson

Les repas, disposés dans des paniers, étaient acheminés par un système de câbles et de poulies jusqu’aux cabanons perchés dans les branches, donnant aux clients l’impression de vivre un moment d’aventure grisant. Cette première guinguette remporta immédiatement un immense succès, engendrant très rapidement la création de maisons concurrentes. Mentionné dans tous les guides de l’époque, le site acquit une grande notoriété et devint le lieu idéal pour les promenades familiales du dimanche, prolongeant les joies de la campagne par le plaisir exotique du déjeuner dans l’arbre.
A la gare de Sceaux, des voitures attelées, pataches ou tapissières, invitaient les voyageurs à s’embarquer pour l’aventure. Il était possible également de louer des chevaux de selle ou de petit ânes, pour grimper la côte jusqu’à Robinson et ces derniers, très populaires, prirent place dans le folklore local, en devenant bientôt aussi célèbres que les  arbres.
Le bal de Sceaux, délaissé, finit par disparaître lorsque la Compagnie des Chemins de Fer d’Orléans ayant racheté la ligne en 1857, la modernisa à partir de 1891 en abandonnant le système Arnoux, en modifia le trajet et condamna l’ancienne gare de Sceaux puis inaugura celle de Sceaux-Robinson en 1893, à quelques dizaines de mètres des premières guinguettes.

En route pour Orsay et Limours

Dès sa mise en service, il avait été prévu de prolonger le petit chemin de fer de Sceaux, peu rentable, du fait de travaux de construction plus chers que prévu. Un projet d’extension à partir de Bourg-la-Reine en direction d’Orsay fut élaboré par Arnoux et ce nouveau tronçon fut inauguré en 1854. La voie de Paris à Orsay fut suite pressentie pour être la tête d’une ligne allant jusqu’à Tours. La Compagnie du Paris-Orléans qui exploitait le réseau des chemins de fer en direction du Centre, se porta acquéreur. Devant les difficultés techniques le projet fut abandonné mais la ligne fut une nouvelle fois prolongée en 1867 à 41 km de la capitale, jusqu’à Limours, par Saint-Rémy-lès-Chevreuse. La dernière portion, Saint-Rémy-Limours, jamais rentable, fut désaffectée en 1939.

Une invitation au voyage

Merveilleuses images de la Belle Epoque, les affiches ferroviaires françaises, dont la grande décennie se situe entre 1895 et 1905, se devaient de satisfaire au double impératif d’informer et de faire rêver. Il s’agissait d’engendrer chez le voyageur potentiel le désir de partir, par des représentations magnifiées et colorées de paysages suscitant l’imaginaire. Ici, le cadre pittoresque et verdoyant de la région parisienne à la fin du XIXème siècle, parsemé de villages et de curiosités touristiques désormais à la portée des citadins. Jusqu’en 1920, la lithographie fut le seul procédé d’impression employé et les ateliers utilisaient souvent 7 à 10 couleurs différentes pour chaque gravure avec autant de pierres lithographiques ou de plaques de zinc que de couleurs. L’affiche n’est pas signée, comme la majorité d’entre elles à cette époque. Seul l’imprimeur est mentionné, en la personne de Ferdinand Armand Champenois dont les ateliers, situés à Paris, étaient spécialisés dans l’impression chromolithographique. 

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