Musée du Domaine départemental de Sceaux: Enquête autour d'une tasse de la manufacture de Sèvres
Le domaine de sceaux

Une tasse énigmatique

Vrai ou faux de la manufacture de Sèvres

Enquête autour d'une tasse

Sommaire

Un décor énigmatique

Cependant, les archives de la manufacture ne mentionnent aucune pièce identique émaillée par Vincent et le graphisme de la signature « 2000 » est différent de la marque peinte sur les pièces qui lui sont attribuées avec certitude. Le décor lui-même n’est pas réalisé avec la précision et la finesse habituelles de Sèvres.

Tasse et soucoupe, émaux sur paillons d'or, Porcelaine tendre, Sèvres, Inv. 86.6.4.

Tasse et soucoupe, émaux sur paillons d'or, porcelaine tendre. Inv. 86.6.4

Marque, porcelaine tendre. Inv. 86.6.4

Gobelet litron et soucoupe, manufacture de Sèvres, 1792, Porcelaine tendre. INV. 86.5.9.

Gobelet et litron, manufacture de Sèvres, porcelaine tendre, décor polychrome, 1786. INV. 86.6.7.

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  • Tasse litron et soucoupe
  • Soucoupe, Détail
  • Marque : deux L affrontés et "2000"
  • Manufacture de Sèvres
  • Manufacture de Sèvres
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Enfin, le talon de la soucoupe présente une forte concentration de points noirs, caractéristique d'une recuisson tardive de la porcelaine tendre. L'une des hypothèses qui se dégage de ces analyses est celle d'une pièce de porcelaine fabriquée dans la manufacture royale, vendue comme rebut, décorée tardivement dans un atelier qui a copié les « L » affrontés de Sèvres et la marque peinte de Vincent, et abusivement identifiée comme un Sèvres authentique.

D'autres exemples de porcelaines tendres attribuées à Sèvres portant un décor émaillé signé « 2000 » et supposé tardif (fin XIXe siècle), sont connus dans des collections publiques comme au British Museum (pot à lait, inv. 1938,0414.1) ou au Victoria & Albert Museum (gobelet Bouillard et soucoupe, inv. C.437-1921).

La mode du décor émaillé

Saint-Cloud est la première manufacture de porcelaine tendre à réussir des applications d'or guilloché rehaussé d'émail translucide vert et rouge, dès la fin du XVIIe siècle.

 

Au début des années 1780, la manufacture de Sèvres utilise la technique des émaux dits « de Coteau ». Joseph Coteau a notamment travaillé au décor de la toilette que Louis XVI et Marie-Antoinette offrent à la Comtesse du Nord, Grande-duchesse de Russie, en 1782. Peintre indépendant, il a travaillé pour plusieurs manufactures parisiennes, il est connu pour ses cadrans de pendules et ses miniatures sur émail.

La particularité des « émaux de Coteau » est d'utiliser l'or pour mettre en valeur les émaux translucides ou opaques. La finesse de la découpe et de l'application du métal est donc essentielle à la réussite du décor.

La mode fut éphémère et Sèvres cesse la production des porcelaines émaillées en 1789.

A la fin du XIXe siècle, le goût pour les « Vieux » relance la production de porcelaines à décor émaillé. La vente de ses rebuts, moules et modèles par la Manufacture de Sèvres, jusqu’en 1880, a facilité la confusion entre les pièces originales du XVIIIe siècle et les productions tardives.

Les copistes, comme Edme Samson (1810-1891) et ses successeurs, reproduisent ainsi des modèles anciens de Sèvres et des grandes manufactures de faïence et porcelaine.

Camille Naudot (1862-1938), fils de marchand et porcelainier, retrouve la recette de la pâte tendre. Il copie la production du XVIIIe siècle et se distingue dans la réalisation de pièces ajourées, émaillées et rehaussées d'or pour lesquelles il reçoit une Médaille d'Or à l'Exposition universelle de 1900.

L'émailleur Fernand Thesmar (1843-1912) renoue avec les émaux sur paillons d'or, appliqués sur porcelaine. Il travaille avec aussi bien avec Sèvres qu'avec Camille Naudot.

Le goût pour la porcelaine émaillée est aussi passager au XIXe qu'au XVIIIe siècle et ne se prolonge pas au-delà de 1910.

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