Musée du Domaine départemental de Sceaux: Sites de prédilection et motifs récurrents
Le domaine de sceaux

Sites de prédilection et motifs récurrents

L'Île-de-France

Sites de prédilection et motifs récurrents

Quels étaient ses sites de prédilection ? Michel est l’un des premiers peintres à fréquenter la butte Montmartre, au point de recevoir de son vivant le surnom de « vieux peintre de Montmartre ». En 1863, le littérateur Charles Monselet associe son activité à l’histoire du lieu : « [Les principaux aspects assurément particuliers de Montmartre] ont eu leur peintre spécial dans Michel, un artiste peu connu, pauvre, bizarre, qui avait trouvé là sa campagne romaine (…). Dans les nouvelles dénominations des rues, j’aurais souhaité de voir la rue Michel, à Montmartre ».

Belleville, les collines de Clichy ou la plaine de Saint-Denis constitueront aussi ses lieux de prédilection. Le peintre se rendra parfois en Champagne et en Picardie, poursuivra son chemin jusqu’à Dunkerque –il existe quelques paysages de bord de mer, mais ne s’absentera jamais très longtemps d’Ile-de-France, rejoignant, au sud de Paris, la Butte aux Cailles et Gentilly ou, de l’autre côté, Argenteuil et Clignancourt.

La vue prise dans la plaine de Saint-Denis est l’un des trois tableaux du musée de l’Ile-de-France. Si comme bien souvent, cette œuvre n’est pas datée, ni signée, sa date d’exécution tournerait autour de 1825-1830, à un moment où l’artiste emploie une touche plus audacieuse. A gauche, les arbres et les buissons, inscrits dans la profondeur selon une légère oblique, occultent l’horizon ; ils s’opposent à la représentation du ciel, gris et légèrement menaçant. Dans le tiers inférieur du tableau, une alternance de zones sombres et claires donne la profondeur du paysage, au moyen de coups de pinceau assez vigoureux et spontanés. Une coulée plus lumineuse, étroite, matérialisant un chemin de terre ocre-gris, remonte de droite à gauche, passant entre les deux plus grands arbres où, semble évoluer une figure féminine « suivie » par son ombre portée. Des touches de peintures plus claires, apposées sur le tronc des arbres indiquent par ailleurs la source lumineuse. C’est un paysage ressenti, –une conception plus synthétique que descriptive du paysage : ce détail du relief du terrain et du feuillage des arbres atteste d’une certaine virtuosité et d’un incontestable coup d’œil.       

Michel pratique une peinture de sites qu’il élabore en atelier, en respectant plus ou moins la topographie et les notes lumineuses prises au vol pendant l’étude sur le motif. Sa veuve explique : « Rarement, il peignait d’après nature, mais il dessinait sur des petits carrés de papier les vues qui lui plaisaient ». Elle ajoute plus loin : « il a fait des centaines et puis des centaines de petits dessins grands comme le creux de la main, sur du papier à envelopper le tabac », mais aussi « de grands dessins sur du papier jaunâtre à envelopper les chandelles, et aussi sur du bleu ou du gris ». Elle rapporte enfin que son époux « disait que ces papiers-là buvaient le charbon et le fusain et donnaient les belles couleurs du velours à ses dessins ».

Sensier a classé les dessins de Michel en trois catégories : les grands dessins au crayon noir tendre, appliqués sur des feuilles de papier gris, qu’il considère comme croqués de souvenir des escapades à Montmartre, dans la plaine de Saint-Denis, dans les bois de Boulogne ou de Vincennes, de Verrières ou de Romainville ; les petits dessins sommairement tracés au crayon noir ou à la mine de plomb, qu’il juge comme pris sur le motif ; et enfin, « les dessins rehaussés de couleur à l’aquarelle ou au pastel (…), le plus souvent écrits à la plume d’une main précise et savante ». Le collectionneur semble marquer une préférence pour la seconde catégorie, pour ces « petits dessins rudimentaires » où Michel -à ses yeux- atteint le « grand art de Rembrandt » : ce n’est « qu’une expression sommaire, spontanée, mais c’est un cri du lieu », écrit-il avec justesse.

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