Musée du Domaine départemental de Sceaux: La Sainte Chapelle de Vincennes
Le domaine de sceaux

La Sainte Chapelle de Vincennes

L'histoire d'un château

La Sainte Chapelle de Vincennes

L'oeuvre du mois est consacrée à Vincennes à travers un dessin de Michel Barthélémy Hazon, dessinateur, reçu à l'Académie royale d'Architecture en 1775.

L'architecte Michel-Barthélémy Hazon

Délaissant le barreau pour étudier l'architecture, Michel-Barthélémy Hazon reçoit de premières leçons de dessin à l'Ecole des Arts de Jacques-François Blondel, puis à l'Académie royale d'Architecture où il remporte, en 1745, le second Grand Prix. Dès l'année suivante, Hazon effectue le voyage d'Italie comme pensionnaire du roi, étudie l'architecture antique et découvre la campagne romaine. Ce séjour studieux est émaillé de quelques facéties, comme l'atteste un surprenant petit portrait équestre de l'architecte travesti en grand moufti (Vente Châtellerault, 5 décembre 2010), exécuté par un autre élève de l'Académie de France, Joseph-Marie Vien, en mémoire d’une mascarade organisée à la fin de février 1748. En Italie, Hazon tient également un Journal avec le portraitiste Guillaume Voiriot, son ami, venu à Rome à ses propres frais. Précieux témoignage de leur périple, ce carnet de voyages livre le récit de leurs expéditions dans les environs de Rome (à Tivoli) et à Naples. 

Protégé par le duc de Nivernois, nouvel ambassadeur à Rome et ami de Madame de Pompadour, Hazon remplit à son retour en France d’importantes fonctions au sein de l'administration des Bâtiments du roi. Il assume l'intendance de plusieurs maisons royales, puis la charge de contrôleur des travaux dans la construction de l'Ecole militaire. Tardivement reçu à l'Académie royale d'Architecture en 1775, ce dessinateur talentueux, ainsi que l'atteste le très beau lavis du musée de l'Île-de-France, obtient la charge d'intendant général des Bâtiments, avec Mique et Soufflot.

Michel Barthélémy Hazon, La Sainte Chapelle de Vincennes vue de l'appartement du roi, lavis, 1761. INV. 65.14.1
Michel Barthélémy Hazon,
La Sainte Chapelle de Vincennes vue de l'appartement du roi,
lavis, 1761. INV. 65.14.1

Le château de Vincennes aux XVIIème et  XVIIIème siècles

Au milieu du XVIIème siècle, le château de Vincennes ressurgit dans les préoccupations du pouvoir. La proximité de la forêt, où Louis XIV peut s'adonner à la chasse à courre, contribue au charme de la demeure (voir salle des résidences). La présence plus régulière du roi impose de grands travaux : Louis Le Vau conçoit un premier bâtiment (le pavillon du Roi), puis un second (le pavillon de la Reine), disposés de part et d’autre d’une cour axée nord-sud. L'architecte dessine également un portique monumental pour séparer la cour royale des cours secondaires où subsiste encore l’empreinte du château médiéval. 

L'installation définitive du roi et de la cour à Versailles met un terme à cette période de renaissance. Demeure ponctuelle de Louis XV pendant la Régence, Vincennes connaît ensuite diverses reconversions : une nouvelle Ecole royale militaire occupe le pavillon du Roi, dans l'attente de la construction des bâtiments du Champ-de-mars ; une manufacture de porcelaine tendre s'installe dans la tour du Diable, avant d’être transférée à Sèvres. La manufacture d’armes de Bordier lui succède à partir de 1757, puis cède la place à une manufacture de faïence, en 1767. Quant au donjon, il sert depuis longtemps de prison : Nicolas Fouquet y avait été conduit en 1661, avant son transfert à la forteresse de Pignerol. 

Le dessin du musée de l’Île-de-France

Hazon choisit un point de vue particulièrement original : la Sainte Chapelle apparaît dans l'encadrement feint de l'une des fenêtres du pavillon du Roi, selon la légende reportée sur le dessin. Ce choix astucieux mène l’artiste à concevoir le montage de deux supports distincts, qu’il ajuste à des fins illusionnistes. L’encadrement de pierre de la fenêtre est en effet appliqué sur une bordure de papier décoré en trompe-l'oeil, disposée autour de la scène principale. Afin d'unir les différentes parties de son dessin, Hazon fait entrer la lumière naturelle de l’extérieur, qui vient frapper le montant gauche de la fenêtre.  

Ce dessin tranche avec les dessins d'architecture ou les relevés de voyage qu'Hazon put réaliser au cours de sa carrière. En artiste accompli, il détache habilement un premier plan assez sombre d'une zone plus lumineuse, qui lui permet de mettre en valeur l’architecture de Le Vau et le majestueux édifice gothique, disposé au centre de la composition. Le ciel légèrement voilé de nuages, la fumée s'échappant des cheminées, quelques cavaliers et un carrosse traversant la cour royale, apportent une douce animation à la représentation.

Hazon saisit parfaitement la forme en accolade du portique de Le Vau, qui délimite, au nord, la cour royale, et rejoint le pavillon de la Reine. Le dessinateur décrit sa face intérieure, où alternent grandes arcades et copies d'après l'antique. Son dessin montre le château dans une période de déclin : Vincennes n’est plus une demeure royale ; sa démolition sera même envisagée en 1788. Sans fonction précise, ses bâtiments reçoivent diverses affectations auxquelles Hazon fait discrètement allusion. En bas à gauche, la tente et les soldats signalent ainsi la présence de la manufacture d’armes de Bordier. Au-delà du portique, la Sainte Chapelle se dresse dans la cour de l'ancien hôtel du gouverneur, reconnaissable à ses hautes toitures. Hazon témoigne ainsi de l'état de l'édifice. La Sainte Chapelle semble en effet avoir perdu sa flèche, que Jacques Rigaud plaçait encore sur la crête de son toit dans une Vue du château de Vincennes (voir ci-dessous) dessinée pour l'estampe en 1740. 

Jacques Rigaud, Vue du château de Vincennes, 1740, Plume et lavis. INV 37.2.106
Jacques Rigaud, Vue du château de Vincennes,
1740, Plume et lavis. INV 37.2.106

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