Musée du Domaine départemental de Sceaux: Le parc de Méréville par Hubert Robert
Le domaine de sceaux

Le parc de Méréville par Hubert Robert

De l'Italie à la Ile-de-France

Hubert Robert, peintre et paysagiste

Sommaire

La formation d'Hubert Robert

L'amour de l'Italie et le goût pour la peinture de ruines ont largement fondé la réputation d'Hubert Robert.

Elève au collège de Navarre, il passa dans l'atelier du sculpteur Michel-Ange Slodtz, dont la carrière s'était déroulée à Rome pendant près d’une vingtaine d’années. Au contact de ce sculpteur, le jeune Robert prit goût à l'architecture. A 21 ans, il partit pour Rome, à la faveur de son protecteur, Étienne-François de Choiseul, comte de Stainville, futur duc de Choiseul, qui venait d'être nommé ambassadeur de France dans la ville éternelle. 

Durant son séjour, Hubert Robert découvre les grands peintres italiens contemporains, notamment Piranèse, Locatelli ou Panini, dont il collectionnera les tableaux et qui furent une incontestable source d'inspiration. 

Il rencontre également l'abbé de Saint-Non et Fragonard, avec lequel il travaille à Naples et à la villa d'Este ; une rencontre importante puisque, sous l'influence de Fragonard, le style de Robert évolue sensiblement en une écriture plus libre, usant volontiers d'empâtements. Dans le même temps, Stainville-Choiseul exerce son rôle de protecteur avec une efficacité redoutable. Après avoir vanté le talent du jeune homme auprès du marquis de Marigny, directeur des Bâtiments du roi, il informe le peintre Charles Natoire, en poste à Rome, de bien vouloir lui trouver une place à l'Académie de France. Mis devant le fait accompli, Natoire répond favorablement, contrevenant à l'obligation pour tous pensionnaires d'avoir suivi, à Paris, l'enseignement de l'Académie royale et remporté un premier prix. Hubert Robert jouit donc d'un statut particulier. La somme de dessins à la sanguine exécutée par Robert pendant son séjour en Italie constituera, à son retour en France, une source d'inspiration incomparable dans laquelle l'artiste puisera volontiers.

Hubert Robert, le Château et le Parc de Méréville

Hubert Robert, le Château et le Parc de Méréville, détail.

Hubert Robert, le Château et le Parc de Méréville, détail.

Hubert Robert, le Château et le Parc de Méréville, la Colonne rostrale

Hubert Robert, le Château et le Parc de Méréville, détail.

Hubert Robert, le Château et le Parc de Méréville, détail.

Hubert Robert, le Château et le Parc de Méréville, Temple de la Piété filiale

Hubert Robert, Le décintrement du pont de Neuilly

Hubert Robert, Le Moulin Joli près d'Argenteuil à Colombes

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  • Le Château et le Parc de Méréville
  • Le Château et le Parc de Méréville, Détail.
  • Le Château et le Parc de Méréville, détail.
  • Le Château et le Parc de Méréville, détail.
  • Le Château et le Parc de Méréville
  • Le Château et le Parc de Méréville, détail
  • Temple de la Piété filiale
  • Le décintrement du pont de Neuilly
  • Le Moulin Joli à Colombes
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La clientèle d'Hubert Robert

Revenu en France, Hubert Robert est reçu à l'Académie royale, en 1766, en qualité de peintre d'architecture sur la présentation d'une Vue du port de Ripetta à Rome (Paris, ENSBA), puis remporte un large succès au Salon de l'année suivante -l'exposition des peintres et des sculpteurs de l'Académie royale-, où ses tableaux sont unanimement salués par la critique d’art.

Le cercle d'amateurs et de personnes influentes ayant décelé le talent du jeune Robert, sollicité ses dessins envoyés d'Italie, commandé de premiers tableaux, préparent son succès fulgurant à Paris. La protection efficace de Stainville-Choiseul, la bienveillance du marquis de Marigny, le voyage d'Italie, la protection de Vernet et l'admission à l'Académie de peinture, une première commande royale puis les critiques favorables du Salon de 1767 placent Hubert Robert dans une position avantageuse. Ce succès s’explique diversement : la supériorité incontestable de l'artiste sur d'éventuels concurrents dans le même genre, l'engouement pour l'archéologie, après les fouilles d'Herculanum, (à partir de 1738) et de Pompéi (à partir de 1748), le goût pour l'Italie, bien sûr. 

Parmi la clientèle du peintre, Madame Geoffrin occupe une place non négligeable -elle possédait au moins 11 peintures de Robert. L'artiste participa peut-être au salon de la dame, qui se tenait le lundi, où il put croiser entre autres Caylus, Mariette, Bouchardon, Carle Vanloo, Vien ou Vernet. D'abord composés d’amateurs et de collectionneurs -qu'il côtoie à l'Académie et dont les réseaux d'amitiés lui profitent certainement-, sa clientèle s'étend jusqu'aux princes et à la famille royale.

Hubert Robert au Louvre

Hubert Robert accomplit une carrière officielle, même si son parcours est d'abord atypique. En 1770, le roi lui accorde un logement à l'Arsenal. En 1778, le comte d'Angiviller propose son nom pour la place de garde des tableaux du roi. Dans le même temps, il obtient un logement au Louvre, c’est-à-dire une salle d'atelier. En 1784, le brevet officiel de « garde du Museum » accorde un rôle décisif à Hubert Robert dans le projet de musée cher au comte d'Angiviller.

Précieux assistant du directeur des Bâtiments et du directeur de l'Académie, Hubert Robert préfigure la charge de conservateur de ce que sera plus tard le musée du Louvre. Même s'il ne connaîtra jamais l'ouverture au public de l'établissement, même si le premier véritable conservateur de l'histoire du Louvre est Vivant Denon, Hubert Robert remplit toutes les missions liées à ce métier : inventaire des collections, acquisitions, surveillance des restaurations et participation aux choix muséographiques.

Depuis 1778, il participe d'ailleurs à un comité chargé d'étudier l'aménagement de la Grande Galerie du Louvre, où se tenaient parfois les expositions de l'Académie royale. La série bien connue de vues imaginaires de la Grande Galerie en travaux ou réaménagée fait allusion à l'implication de l'artiste dans le projet de muséum royal.

Hubert Robert et l'art des jardins

L'art des jardins est une autre facette du talent d'Hubert Robert. Nommé dessinateur des jardins du roi, Hubert Robert reçoit la charge de quelques chantiers importants : il intervient à Versailles, où il réaménage le bosquet des Bains d'Apollon sur l'emprise de l'ancien bosquet du Marais, en 1776 et 1778.

Dans un cadre déjà romantique, Hubert Robert fait construire une grotte artificielle -préfigurant celles de Méréville- pour abriter les trois groupes de marbre sculptés par Girardon illustrant Les Soins prodigués à Apollon et à ses chevaux après leur course diurne. Hubert Robert intervient également à Ermenonville et aurait également transformé, en 1780, le jardin régulier ornant la maison du maréchal de Noailles, à Saint-Germain, en un jardin à la mode, c’est-à-dire, un jardin anglais, avec rivières, cascades, lacs et grottes.

 

Le parc de Méréville pour le marquis de Laborde

A Méréville (Essonne), Hubert Robert se met au service de Jean-Joseph de Laborde (1724-1794). Habile commerçant et redoutable financier, Laborde est à la tête d'une fortune considérable. En 1784, il avait fait l'acquisition du château de Méréville, situé près d'Etampes, avec l'intention d'y implanter le "modèle le plus accompli du jardin nouveau", c'est-à-dire un jardin anglais ou anglo-chinois, dont la vogue s'était développée depuis l'Angleterre.

Dans un premier temps, l'homme fait affaire avec l'architecte François-Joseph Bélanger, qui avait conçu Bagatelle pour le comte d'Artois. Celui-ci entreprend de remodeler le grand parc, situé dans une cuvette traversée du sud au nord par la Juine et dresse le plan de ce nouveau jardin ainsi que la plupart des fabriques et autres ornements. De conception irrégulière, Méréville offre des chemins tortueux à la place des larges et longues allées rectilignes propres aux jardins français, une végétation non domestiquée donnant une impression naturelle, des accidents de terrain (vallons et pentes), des lacs, des cascades naturelles ou des rivières encaissées et un décor de théâtre mêlant d’impressionnantes masses rocheuses à de nombreux éléments architecturaux appelés "fabriques". 

Bélanger et Laborde ne parviennent toutefois pas à s'entendre et, dès 1786, Hubert Robert succède à l'architecte et poursuit l'aménagement du jardin. A partir de 1786, il préside à la conception du Monument de Cook, élément qui évoque l'expédition du célèbre navigateur qui avait tant fasciné Louis XVI au point de s'en faire communiquer les détails jusqu'à son issue tragique. Hubert Robert se charge également de la colonne rostrale –à gauche sur le tableau de Sceaux- : évoquant, quant à elle, l'expédition de La Pérouse, à laquelle les deux fils de La Borde participèrent en 1785 et dont ils ne revinrent jamais, elle instille une note mélancolique à laquelle s'ajoute, quelques années plus tard, une note plus sentimentale avec l'érection du Temple de la Piété filiale, dédiée à la fille du propriétaire, Nathalie de La Borde, représentée tout à droite dans le tableau.

Le tableau du musée de l'Ile-de-France

De l'avis des connaisseurs de Méréville, le tableau de Sceaux est l'un des plus fidèles à la topographie du parc de Méréville. La date d'exécution du tableau -1786- a récemment été repoussée lors d'une conférence consacrée à Méréville, et prononcée à Sceaux par Nicole Gouiric, historienne de l'art des jardins. Cette chercheuse rappelait que le temple de la Piété filiale, érigé une première fois, s'était effondré en mars 1788, avant d'être reconstruit ailleurs. Elle indiquait ainsi que l'édifice, à l'emplacement où il figure sur le tableau, n'a pu être bâti avant la seconde moitié de l'année 1788. Et donc que le tableau ne put être peint avant cette date. S'appuyant sur l'existence d'une quittance évoquant le paiement de 8 000 livres pour deux tableaux destinés au marquis de Laborde -dont l'un représentant une vue du lac et du château-, puis d'une lettre mentionnant à nouveau ces 8000 livres, elle suggère plutôt la date de 1790.

 

Le peintre y campe une discrète scène de genre sous un ciel changeant, lumineux et ombrageux, qui occupe les trois-quarts de la hauteur du tableau. Un grand lac bordé d’une végétation luxuriante permet de distribuer les figures dans la profondeur du paysage et de diriger irrésistiblement l'œil du spectateur vers la percée centrale, où se reflète -à la surface de l’eau- et se dresse -entre deux bouquets d’arbres- la façade du château. 

Au plus près du spectateur, un groupe de lavandières échangent quelques mots, les unes se tiennent debout, d'autres sont assises dans l'herbe et appuyées contre les ruines d'une colonne cannelée. Tourné vers l'intérieur du tableau, un cerceau et une baguette en main, un petit garçon regarde apparemment les deux hommes désignant la colonne rostrale, sur une petite île plantée de saules pleureurs. Isolée, à droite, une autre lavandière portant un chapeau à large bord s'active : elle tient une jarre, d'une main, et l'hanse d'un panier garni de plantes autour du bras. Près d'elle, une brouette contient des plantes en pot. Des barques traversent le lac. A droite, près de grands peupliers, d'autres personnages -dont les ajustements suggèrent plutôt une assemblée de qualité-, semblent s'accorder un moment de détente.

Dans les lointains, on distingue de minuscules figures, à gauche, devant la colline envahie de végétation, sur le petit pont de bois qui, au centre, suggère le chemin de la promenade et, plus exactement, le passage d'une rive à l'autre, ou aux abords du château. Des prairies s'étendent derrière le lac où paissent paisiblement des vaches et des moutons. A droite, au bord du tableau, on aperçoit le temple, construit sur le modèle du temple de la Sibylle à Tivoli. Cet édifice circulaire, dont le péristyle comportait 18 colonnes d'ordre corinthien abritait l'allégorie de l'amour filial sous les traits de Nathalie de Laborde, que le sculpteur Pajou avait terminé en 1792.   

Méréville aujourd'hui

Les dernières années

Hubert Robert traverse des heures difficiles dans les dernières années de sa vie. Son principal mécène, le marquis de Laborde, meurt sur l'échafaud, en 1794. L'artiste lui-même ne sera pas épargné par les événements révolutionnaires, la charge de garde des tableaux du roi l'exposant particulièrement. Le 3 octobre 1793, il est arrêté sur décision du Comité de Surveillance Révolutionnaire et est emprisonné le 29 octobre. Il recouvre la liberté le 4 juillet 1794 puis intègre l'année suivante le nouveau Conservatoire chargé de l'organisation du Muséum National. Il conserve sa fonction jusqu'en 1802, remplacé entre autres par Vivant Denon. Il meurt en 1808.

Méréville aujourd'hui

Aujourd'hui, le parc de Méréville, diminué et dépouillé de ses principales fabriques, ne se visite plus que sur rendez-vous. Racheté par le Conseil général de l'Essonne. Depuis 1899, les quatre principales fabriques de Méréville -la façade de la laiterie, le temple de la Piété filiale, la colonne rostrale et le monument de Cook- sont installées dans le parc voisin de Jeurre, où elles sont toujours visibles. La colonne Trajane, autrefois dans le petit parc de Méréville, est toujours en place, mais occupe aujourd'hui le centre d'un carrefour. On peut toutefois y monter lors de visites exceptionnelles et profiter du panorama.

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