Musée du Domaine départemental de Sceaux: Deux objets insolites dans les collections
Le domaine de sceaux

Deux objets insolites dans les collections

Fontaine à coco et boîte à oublies

Deux objets insolites dans les collections

Pourquoi avoir associé deux objets issus du fonds d'arts et traditions populaires du musée à une œuvre graphique décrivant minutieusement les plaisirs de la fête de Saint-Cloud à l'époque de la Restauration ?

 

En observant le dessin de Develly, le spectateur pourra distinguer, parmi la foule qui se presse en contrebas du domaine royal, les silhouettes pittoresques de deux marchands de coco, leur fontaine sur le dos, et d'une marchande d'oublies, debout derrière sa boîte cylindrique, tenant à la main ses gaufres roulées en cornets. 

De ces deux métiers, disparus presque totalement après la première guerre mondiale, celui d'oublieur est le plus ancien. Au Moyen Age,  les oublies étaient des gaufrettes rondes et plates, cuites comme les hosties entre deux fers, que les garçons pâtissiers confectionnaient en fin de journée avec les restes de pâte, pour aller les vendre dans les rues et chez les particuliers au moment du souper. A la fin du XVIIIème siècle, les abus générés par cette activité nocturne – les complices du célèbre bandit Cartouche se déguisèrent ainsi en oublieurs pour dévaliser les bourgeois – entraînèrent son remplacement par la vente ambulante diurne, souvent effectuée par de jeunes marchandes, des oublies ou plaisirs (nom donné aux gaufrettes roulées en cornet ou en cylindre). Comme leurs prédécesseurs qui jouaient aux dés le  nombre d'oublies remises au client, elles associaient à la vente un jeu de hasard : la boîte à oublies, de forme cylindrique, portait en effet sur son couvercle une roue de loterie, dont la flèche  désignait le nombre de gâteaux gagnés pour le même prix. Ce divertissement était pour beaucoup dans l'attrait exercé par les marchands d'oublies, détail qui n'a pas échappé  à Develly, dont le dessin montre deux garçonnets avides de tourner la roue, tandis que leur mère fouille dans son réticule.  

Derrière la vendeuse d'oublies, légèrement à gauche, l'artiste a croqué la figure singulière du marchand de coco, représenté de profil, sa fontaine portative appuyée sur la béquille escamotable qui le soulage pendant qu'il sert ses clients. Plus à gauche, dans l'allée qui borde le talus, un autre marchand de coco est à l'œuvre, de face cette fois, ce qui permet de distinguer sa coiffure caractéristique, un bicorne orné de plumes. Ce curieux personnage avait fait son apparition dans les rues et les parcs parisiens à la fin du XVIIIème siècle, faisant recette en été en vendant une boisson fraîche typiquement française, le coco, obtenue en faisant macérer du bois de réglisse dans de l'eau aromatisée de jus de citron. Il se signalait à la cantonade en agitant une sonnette et en lançant son cri «  À la fraîche, à la fraîche ! Qui veut boire ? », qui devenait en hiver, lorsqu'il se faisait marchand de tisane, « À la chaude ! ». La fontaine en fer blanc recouverte de velours rouge, souvent empanachée elle aussi, ajoutait à son allure typique. Dès le milieu du XIXème siècle, la concurrence des limonadiers munis d'une glacière, puis les préoccupations hygiénistes de la fin du siècle précipitent la disparition de ce petit métier, qui survit  aujourd'hui sous une forme proche en Turquie, au Maghreb et en Égypte.

Site internet du département des Hauts-de-Seine

domaine-de-sceaux.hauts-de-seine.fr est un site du conseil départemental des Hauts-de-Seine