Musée du Domaine départemental de Sceaux: La fête Saint-Cloud, par Jean-Charles DEVELLY
Le domaine de sceaux

La Fête à Saint-Cloud, par Jean-Charles Develly

Saint-Cloud

Jean-Charles Develly, Les fêtes vers 1820

Jean-Charles Develly, né à Paris, fut l'un des principaux peintres  sur porcelaine de la manufacture de Sèvres où il accomplit une grande partie de sa carrière, de 1813 à 1848. Ses oeuvres graphiques, fourmillant de détails et d'une précision de miniature, portent l'empreinte de ce métier.  Develly affectionnait les vues de Paris et de ses environs.  Il représente sur ce dessin l'animation générée par les attractions de la fête de Saint-Cloud, qui se tenait chaque année en septembre en contrebas du domaine, en bord de Seine. Selon la tradition, cette fête remontant au Moyen-Âge était la survivance profane de la fête patronale célébrée à la date anniversaire de la mort de saint Clodoald, petit-fils de Clovis.

 

L'ambiance bon enfant de la fête, la diversité des spectacles et divertissements offerts, attiraient nombre de Parisiens avant la Révolution.  A partir de 1817, ils peuvent emprunter pour se rendre à la foire l'un des deux bateaux à aubes reliant la capitale au parc de Saint-Cloud. Sous la Restauration, les Bourbon ont retrouvé la propriété de l’ancien domaine de Monsieur, frère de Louis XIV. La fête offre aussi l'occasion de visiter le château et d'admirer les jeux d’eau du parc, en particulier la Grande Cascade du XVIIe siècle, qui constitue un noble décor pour la multitude de scènes de genre croquées par Develly. Le spectateur, situé du côté de la Seine, sur une légère éminence, contemple le panorama de la foire, qui se déploie sur les pelouses faisant face à la cascade. Tel un chaland ne sachant où diriger ses pas, tant les sollicitations sont nombreuses et captivantes, le regard se fraie un chemin parmi les attractions, étals et baraques, charmé à chaque fois par un détail pittoresque : manège de nacelles, singes savants, cracheurs de feu et échassiers, tir à la carabine et autres jeux d'adresse, escamoteurs, montreurs de marionnettes... Les petits métiers ne sont pas en reste : vendeur de courges, marchands de vaisselle ou de mirlitons (ces derniers étant l'une des spécialités de la fête de Saint-Cloud).

Charles Develly, Fête de Saint-Cloud, dessin, 1820. INV. 54.2.1.
Jean-Charles Develly, Fête de Saint-Cloud, détail, dessin, 1820. INV. 54.2.1.

L'on distingue également deux marchands de coco, leur fontaine de fer blanc sur le dos, et une marchande d'oublies, debout derrière sa boîte cylindrique et tenant à la main ses gaufres roulées en cornets. Les silhouettes pittoresques de ces commerçants ambulants furent souvent reproduites par les artistes puis immortalisées par des cartes postales, avant leur disparition presque totale après la première guerre mondiale. Le plus ancien de ces petits métier est celui d'oublieur, décrit dès le XIIIe siècle. Les oublies (du grec obolies, gâteaux vendus pour une obole,  ou du latin oblata, offrande) étaient à l'origine des gaufrettes rondes et plates, cuites comme les hosties entre deux fers, que les garçons pâtissiers confectionnaient en fin de journée avec les restes de pâte. Ils les plaçaient dans un panier, le corbillon, ou une boîte en cuir bouilli, le coffin, pour aller les vendre dans les rues et les maisons à la tombée du jour. 

Les abus dont les oublieurs furent auteurs ou complices (chansons séditieuses, vols chez les particuliers) ou victimes (sévices) entraînèrent la cessation de leurs activités nocturnes à la fin du XVIIIe siècle et leur remplacement, de jour, par des marchandes d'oublies ou de plaisirs (nom donné aux gaufrettes roulées en cornet ou en cylindre). La caisse contenant leurs pâtisseries était surmontée d'une petite roue de loterie, dont la flèche désignait le nombre d'oublies auquel le client avait droit.  Ce jeu de hasard prenait la suite du jeu de dés des oublieurs. Son succès auprès des enfants fit celui des vendeurs d'oublies, avant que celles-ci ne soient remplacées par les gaufres chaudes, cuites à la demande.

Charles Develly, Fête de Saint-Cloud, dessin, 1820. INV. 54.2.1.
Jean-Charles Develly, Fête de Saint-Cloud, détail, dessin, 1820. INV. 54.2.1.

Le coco, boisson populaire typiquement française, obtenue par la macération  de bois de réglisse dans de l'eau,  à laquelle on ajoutait du jus de citron,  fit son apparition à la fin du XVIIIème siècle. La singularité de l'accoutrement du marchand de coco, coiffé d'un casque ou d'un bicorne orné de plumes de héron, portant dans le dos une fontaine recouverte de velours rouge, elle aussi surmontée d'un panache, en fit l'un des « gagne-petit » les plus représentés. Il attirait le client en agitant sa sonnette et en poussant son cri «  À la fraîche, à la fraîche ! Qui veut boire ? », utilisant tour à tour ses deux timbales d'étain ou d'argent, qu'il essuyait  d'un coup de torchon. En hiver, il se faisait marchand de tisane. La concurrence des limonadiers munis d'une glacière et les préoccupations hygiénistes de la fin du XIXe siècle hâtèrent sa disparition. 

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