Musée du Domaine départemental de Sceaux: Photos Félix Martin-Sabon
Le domaine de sceaux

Photographies de Félix Martin-Sabon

Photographies de Félix Martin-Sabon

A partir du 10 avril, le musée de l’Île-de-France sort de ses réserves deux photographies de Félix Martin-Sabon. Il conserve un fonds de soixante-dix neuf épreuves argentiques sur papier albuminé de ce photographe.

Né à Paris en 1846, cet ingénieur de formation se consacre exclusivement à partir de 1885 à la photographie de monuments historiques. Admirateur de Viollet-le-Duc, passionné d’histoire et d’archéologie, il fréquente de nombreuses sociétés savantes. En 1884, il rejoint la Société historique et archéologique de l’arrondissement de Pontoise et du Vexin; il adhère également à la Société française d’archéologie et à la Société des antiquaires de France. A partir de 1897, il devient correspondant de la Commission des monuments historiques.

Se définissant comme un archéologue photographe, Félix Martin-Sabon parcourt la France avec son encombrant matériel. Dans le Catalogue des photographies archéologiques faites dans les villes, bourgs et villages de l’Ile-de-France, édité en 1896, il explique sa démarche : « Admirateur modeste de ces vaillants pionniers de la science, je me suis mis en route, sac au dos, et j’ai recueilli un peu de tous côtés, mais plus spécialement dans l’Ile-de-France, un grand nombre de vues photographiques d’églises, de châteaux, de fragments d’architecture appartenant à toutes les époques du Moyen-âge et de la Renaissance. »

Véritable autodidacte, Félix Martin-Sabon travaille seul. Son approche est méthodique, ses reportages photographiques suivent toujours le même schéma. Devant un édifice, il commence par des prises de vues de l’ensemble, puis il s’intéresse aux différentes parties, et enfin aux détails architecturaux, selon des angles choisis pour leur intérêt tant artistique que scientifique. Deux laboratoires, aménagés à ses domiciles de Paris et Ronquerolles dans le Val-d’Oise, lui permettent de développer lui-même ses plaques de verres. Chacune est rigoureusement identifiée, inventoriée et légendée : un bandeau sombre indique le numéro d’inventaire du négatif, le lieu de la prise de vue, et la signature du photographe, FMS. Deux formats sont utilisés : le 13x18 cm, largement majoritaire, permet de rassembler un grand nombre de détails sans encombrements ; le 21x27 cm, quant à lui, est plutôt destiné à des artistes cherchant des éléments d’étude. Un certain nombre de plaques sont tirées aux deux formats.

Une partie des tirages est vendue dans une boutique à Paris ou bien par correspondance. Entre 1897 et 1910, plusieurs catalogues sont publiés par l’éditeur Giraudon afin de compulser cette importante production. Une part importante de ses tirages est utilisée comme support d’enseignement en histoire de l’art par la Sorbonne ou l’école du Louvre. Lors de l’Exposition universelle de 1900, il présente un album de trois mille épreuves photographiques grâce auquel il remporte la médaille d’or. En 1922, il cède près de quinze mille négatifs et tirages au ministère des Beaux-Arts. Ce fonds très riche est depuis conservé à la Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine. Décédé en 1933, il repose au cimetière de Montmartre, sous un étonnant monument funéraire en béton réalisé par Carlo Sarrabezolles.

Photographie de Felix Martin-Sabon

Les deux tirages présentés salle Guimard représentent le château d’Ecouen. Construit selon un plan carré, entre 1538 et 1555, sur l’emplacement d’une ancienne demeure médiévale, ce château de style Renaissance se compose de quatre corps de bâtiments, reliés par des pavillons d’angle, et  regardant une cour intérieure. Résidence d’un homme influent, le Connétable Anne de Montmorency fut un intime de François Ier et un protégé de Henri II. Ses années de guerre dans la péninsule italienne lui ont donné le goût des palais luxueux. Tout ce que la France compte de meilleurs artisans se presse à Ecouen pour faire de cette résidence un havre de raffinement et de luxe. Propriété de la famille Montmorency jusqu’en 1696, le domaine est légué aux Condé par la duchesse de Joyeuse. Confisqué à la Révolution, Napoléon Ier en fait le lieu de résidence de la maison d'éducation pour les filles de la Légion d'Honneur à compter de 1805. Lors de la Restauration, le domaine est restitué aux Condé par Louis XVIII, qui le laisseront tomber à l’abandon à compter de 1830. En 1850, Louis Napoléon Bonaparte y fait transférer la maison de la Légion d'honneur située alors rue Barbette à Paris. Lors de la venue de Martin-Sabon, le château tient toujours ce même rôle.

Sur le premier tirage, numéro 2530, le photographe a installé sa chambre dans l’angle sud-ouest de la cour, face à l’aile nord. Sa façade est parcourue de pilastres nus s’élevant de la base à la toiture; des doubles cordons horizontaux séparent le rez-de-chaussée du premier étage et soulignent le départ du toit. Au centre de la façade, un grand portique est décoré de colonnes superposées, en ordre dorique et corinthien, sous un grand entablement continu, et de niches (aujourd’hui vides) pour accueillir les statues du Connétable. Ce portique a été élevé pour masquer le fait que l’entrée était désormais désaxée suite au déplacement de l’escalier central. Les lucarnes sont coiffées de couronnements tripartites, flanquées de parties ajourées à caractère antique. Dans la partie droite de l’image, on distingue le début de l’aile d’entrée (côté est), datant de 1787, et le pavillon nord-est, pourvu de cheminées massives et d'une tourelle d’angle.

La seconde épreuve, numéro 2550, prise depuis le deuxième étage de l’aile ouest, est une vue de détail du corps central de l’aile nord. Au-dessus du portique, dont on distingue les frises ornant l’entablement; deux lucarnes encadrent une horloge. Des frontons de forme semi-circulaire ornent les lucarnes, un autre de forme trapézoïdale orne l’horloge. Cette dernière a depuis disparu.

Ces deux épreuves sur papier albuminé sont obtenues à partir de négatifs sur verre au gélatinobromure d’argent. Une plaque de verre est enduite d’une couche de gélatine contenant en suspension des sels d’argent photosensibles. L’action de la gélatine favorise une meilleure conservation de la plaque, rendant possible le développement différé, facilitant ainsi les conditions de travail du photographe. Quant au papier albuminé, il s’agit d’une feuille de papier beaux-arts recouverte d’une couche d’albumine (composée de blanc d’œuf et de sel) puis sensibilisée par flottaison dans une solution de nitrate d’argent. L’image est obtenue par noircissement direct : le papier albuminé est posé dans un châssis–presse, en contact avec le négatif sur verre, puis exposé à la lumière. Un virage permet de stabiliser l’image, puis celle-ci est fixée et lavée.

Le photographe obtient une image d’une grande richesse tonale, à travers toute une gamme de demi-teintes, souvent proche du « brun chaud ». Les tirages sur papier albuminé se distinguent par une grande finesse et une profusion de détails, précieux pour la représentation de motifs architecturaux. Leur aspect satiné et brillant les rend aisément reconnaissables. L’objet photographique, comme toute œuvre, nécessite une attention particulière. La couche d’albumine provoque des tensions liées aux différences de comportement physique entre les constituants : le papier absorbe l’humidité et se dilate, alors que l’albumine, insensible, se craquelle. On constate souvent un effet de tuilage ou de gondolement, provoqué par une rétractation de l’albumine. Enfin, les zones claires s’estompent rapidement, les sels d’argent étant particulièrement vulnérables aux agents chimiques.

Site internet du département des Hauts-de-Seine

domaine-de-sceaux.hauts-de-seine.fr est un site du conseil départemental des Hauts-de-Seine