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Rénovation des cascades et bassins

Chaque année, 3,5 millions de visiteurs arpentent les allées du Domaine départemental de Sceaux. Au-delà de l’aspect architectural et des espaces paysagers majestueux, les bassins, jets d’eau et autres cascades contribuent à cet engouement. Conscient de cet atout, le Département des Hauts-de-Seine, propriétaire du site, a voulu offrir une cure de jouvence aux ouvrages hydrauliques. Après 20 mois de travaux, l’ensemble a repris vie, vendredi 17 septembre 2021, lors d’une inauguration spectaculaire. Ce dispositif renforcé, composé d’animations et jeux d’eau supplémentaires installés par une société spécialisée et d’embarcations pour voguer sur les canaux, restera accessible pour les Journées européennes du patrimoine, samedi 18 et dimanche 19 septembre.

Des ouvrages hydrauliques créés en raison et fonction de la typologie du site

Le Grand canal, le Petit canal (dit de Seignelay), le bassin de l’Octogone et les bassins en cascades forment un ensemble exceptionnel, au même titre que les ouvrages hydrauliques d’autres grands domaines historiques : Saint Cloud, Versailles, Chantilly ou Fontainebleau.

Il n’y a pas lieu de les comparer entre eux, puisqu’ils sont tous différents, nés de circonstances géographiques particulières, que leur créateur a su exploiter pour le plaisir des commanditaires, bien souvent royaux.

Au XVIIe, le vallon de l’Aulnay s’écoulait depuis le plateau de la forêt de Verrières jusqu’à son point le plus bas, à Antony, où il se jetait dans la Bièvre - elle-même rejoignant la Seine. C’est naturellement en fond de vallon que se trouve les zones humides. En lieu et place du Grand canal et l’Octogone, se trouvait une zone humide et marécageuse, une sorte de « mer morte » comme aimait l’appeler à l’époque, qu’il a fallu aménager et embellir.
 

Octogone et cascades imaginés par Le Nôtre et inaugurés par Louis XIV

Rien d’impossible pour le génie du célèbre jardinier André Le Nôtre, officiant sous la commande du Grand Colbert, puis de son fils, le marquis de Seignelay. Le bassin de l’Octogone et les cascades sont inaugurés en 1677, par le roi Louis XIV en personne. 10 ans plus tard, le Grand canal fût creusé, puis le Petit canal en 1690, terminant ainsi l’ensemble du plan d’eau actuel.
Les dimensions de ces ouvrages imposent le respect : 1 km de long pour le Grand canal, qui avec le bassin de l’Octogone et le Petit canal couvrent + de 7 ha de plan d’eau. On peut difficilement imaginer les milliers de terrassiers à l’oeuvre, qui à la bêche, à la pioche, à la brouette et à la force des bras ont excavé l’argile, nivelé le terrain et canalisé ces eaux.

Et encore, ce qui est visible n’est que la partie émergée de l’iceberg… car pour alimenter ce volume gigantesque et l’agrémenter de jets d’eau, il a fallu entreprendre des travaux de collecte et de conduite des eaux qui dépassent largement le périmètre du parc. Le réseau de drainage partait du plateau de Clamart, pour se déverser dans l’étang Colbert au Plessis-Robinson. L’écoulement se poursuivait, via l’aqueduc Colbert (dont on peut admirer la maçonnerie dans le domaine de la Vallée-aux-Loups à Châtenay-Malabry), jusqu’aux bassins réservoirs, anciennement situés près du jardin de la Ménagerie, avant d’alimenter les différents bassins du parc.

En trois siècles d’existence, la vie de ces ouvrages n’a pas été un long fleuve tranquille. Marqué par des périodes de moindre entretien, parfois d’abandon, parfois de saccages (la révolution française, et les trois dernières guerres qui se sont succédées), le domaine a bien souffert. Il a changé, évolué, mais finalement résisté dans sa globalité. Des restaurations ont été nécessaires, et les cascades ou les bassins en ont logiquement profité.


1683-1690, l’époque de Seignelay

Le marquis de Seignelay, fils de Colbert, agrandit et enrichit le parc de son père, en faisant appel, comme lui, aux plus grands artistes de son temps. Sur les terrains marécageux appartenant au territoire de Châtenay, Seignelay fait creuser le Grand canal, long d’un kilomètre. Des aménagements réalisés très rapidement. Les terrains sont achetés en 1687 et les travaux se terminent l’année suivante. En 1690, la jonction du Grand canal avec l’Octogone est réalisée grâce à la création du canal de Seignelay.


Le parc à l’époque du duc du Maine (1699-1753), du comte d’Eu (1753-1773) et du duc de Penthièvre (1775-1793)

À l’époque du duc du Maine, le parc connaît peu de transformations. Manquant d’entretien, les réservoirs, fontaines et jets d’eau se dégradent. Dans les années 1720, le duc lance une importante campagne de travaux. Le Grand canal et le réservoir des cascades sont notamment restaurés.

Le comte d’Eu, fils du duc, effectue, lui aussi, peu de changements. Le parc est néanmoins bien entretenu : nettoyage du Grand canal, empoissonnement des pièces d’eau…
L’époque du duc de Penthièvre marque également peu de différences par rapport à celle du comte d’Eu. L’aspect général du parc se maintient donc durant un siècle.


1828-1923, l’époque des Trévise

Après la période révolutionnaire, pendant laquelle le parc va subir des dégradations importantes, il ne reste guère de souvenirs de l’ancien parc. Le duc et la duchesse de Trévise s’efforcent alors de lui rendre son aspect initial. Le Grand canal, l’Octogone et le canal de Seignelay et les conduites permettant d’animer les jeux d’eau sont restaurées.
 

Le réaménagement des grandes pièces d’eau au XXe siècle

Un parc est en mauvais état lors de son rachat par le Département de la Seine en 1923. L’Octogone et le Grand canal ne sont pas épargnés : « Le couronnement du mur de berge est en mauvais état, éboulé par places, les moellons sont disjoints par les broussailles et les rejets. L’extrémité nord […] est presque entièrement comblée. Le canal est en grande partie envahi par les roseaux, notamment dans le bassin central », relate Charles Demorlaine, conservateur des promenades de la Ville de Paris, en 1924.

Le château et le parc entraient ainsi dans le domaine public, notamment grâce à la persévérance d’un ancien maire de Sceaux, Jean-Baptiste Bergeret de Frouville, qui se désolait de voir le domaine abandonné et menacé d’être revendu à des promoteurs (son buste se trouve dans le bosquet de Pomone, non loin de l’entrée du parc à côté de l’église).
 

Léon Azéma, premier Grand prix de Rome en architecture (en 1921), architecte de la Ville de Paris chargé des promenades et des expositions, puis architecte divisionnaire du Département de la Seine a été déterminant dans la réhabilitation des espaces d’eau du Domaine de Sceaux, dans les années 30.


En 1925, le Grand canal et le bassin de l’Octogone sont classés au titre des monuments historiques. Mais, avant de rouvrir le parc, d’importants travaux ont été nécessaires. La remise en état des pièces d’eau débute en 1930 : l’Octogone et le Grand canal sont vidés et curés. Les berges de ce dernier sont stabilisées. Un nouveau système d’adduction d’eau avec stations de pompage dans la nappe phréatique vient remplacer l’aqueduc d’origine venant de l’étang Colbert, endommagé par l’urbanisation.


Une inauguration en grande pompe le 24 juillet 1935

Azéma repense entièrement les cascades, impossible à restituer dans leur état d’origine après la Révolution. Il conçoit l’ouvrage actuel dans un style Art déco en vogue à l’époque. Ce nouvel ensemble compte ainsi un buffet d’eau, 2 grottes latérales ornées de mascarons (voir ci-après) et 9 bassins à déversoirs agrémentés de 22 jets d’eaux. Ces travaux sont exécutés en plusieurs phases entre 1932 et 1935. 7000 m3 de terre sont évacués pour niveler le terrain, réaliser les fondations et les chambres techniques en souterrain.

Le parc ainsi restauré est inauguré le 24 juillet 1935, par le Président de la République, Albert Lebrun, lors d’un bel après-midi, nous rapporte un journaliste de l’Echo de Paris (article en fin de dossier de presse), qui définit le parc comme « un petit Versailles aux Portes de Paris », encore trop peu visité.
 

Les Mascarons de Rodin

Les cascades de Sceaux sont ornées de 8 mascarons en fonte, conçus par Auguste Rodin en 1878, initialement pour les fontaines des jardins du Trocadéro.
Démontés vers 1890, les mascarons sont entreposés pendant plusieurs décennies, avant d’être remis en scène par Léon Azéma. Ces mascarons sont classés Monuments Historiques depuis 2000.

La campagne de restauration des berges en perrés du Grand et Petit canal, de l’Octogone, des bassins des cascades, de leurs jets d’eau, et des Mascarons de Rodin a été lancée en 2016, par le Département des Hauts-de-Seine. Les travaux ont été conduits sous la maitrise d’oeuvre de Jacques Moulin, architecte en chef des Monuments historiques.

Ces opérations ont été complétées par la réintroduction d’un ponton sur le Petit canal de Seignelay et d’un embarcadère du côté de la Grenouillère, au sud du Grand canal. Ce chantier de 20 mois, d’un montant global de 9,5 M€, a été entièrement pris en charge par le Département des Hauts-de-Seine. Il a impliqué 6 entreprises spécialisées pour :

  • Le terrassement et le génie civil (Terideal Segex) ;
  • La consolidation des sols par injections (Uretek France) ;
  • Les réseaux et fontainerie (Terideal Segex) ;
  • La maçonnerie, le béton et les pierres de taille (Dubocq) ;
  • Les ouvrages d’art et le pont du Petit canal (Terideal Segex / ECMB SAS)
  • La restauration des Mascarons de Rodin (Tollis) ;
  • Les travaux paysagers et plantations (Robert Paysages).
     

L’origine du projet

En 2016, des désordres sont apparus dans les cascades et des fissures se sont créées dans les bassins déversoirs en raison des mouvements du sol argileux et d’une infiltration excessive d’eau. Les cascades ont alors été arrêtées près de 4 ans avec un important programme de restauration.

Les travaux ont porté sur les 9 niveaux de cascades, les bassins du perron et le bassin rond de la Duchesse. Les maçonneries en pierres et en béton, les margelles et les déversoirs ont été réparés. Les chambres enterrées situées sous les bassins des cascades ont été drainées et assainies. L’ensemble de l’ouvrage a été nettoyé de toutes salissures, mousses, lichens, etc. La machinerie hydraulique, qui date des années 1990, a aussi été revue.

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Remise en état des perrés (éléments en maçonnerie)

La restauration portait aussi sur les perrés maçonnés du Grand canal, du canal de Seignelay et du bassin de l’Octogone. Les assises de pierres des perrés affichaient des dégradations liées à l’érosion et au phénomène de batillage (remous). À certains endroits, les perrés menaçaient de tomber à cause de la poussée de terres.

Le travail portait sur les parties visibles et sur les parties situées sous l’eau. Pour ce faire, les bassins n’ont pas été vidés en totalité pour éviter la décompression des terres. Une partie des travaux de confortation devra être réalisé en milieu subaquatique pour éviter l’altération de l’étanchéité naturelle sur le fond et les parois des bassins.

Sur la partie nord-est du Grand canal le mur a été totalement reconstruit : pour cela il a été mis localement à sec à l’aide d’un dispositif de batardeaux. Les perrés de l’Octogone ont été équipés de nouvelles dalles en pierre pour constituer la margelle.
 

Une nouvelle passerelle pour la promenade et les activités nautiques

Certaines gravures du XVIIe laissaient apparaitre une passerelle en bois traversant le canal de Seignelay. Suivant cette idée, un pont de 22 mètres de long et 6 mètres de large a été érigé au même endroit. Le tout complété par un ponton destiné à recevoir des barques - afin de permettre la mise en place d’une activité de promenade en bateau sur le Grand canal.
Techniquement, un platelage en bois de chêne repose sur une structure métallique qui est elle-même supportée par des piles maçonnées.

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Un travail également à destination de la flore et de la faune locales

L’emprise de l’opération a aussi porté sur l’environnement direct des cascades, notamment les haies de buis, dégradées par la pyrale, et les deux alignements de marronniers, attaqués par la mineuse. Ces derniers ont été remplacés par 56 tilleuls, et une nouvelle haie d’ifs a été plantée.

Les gazons ont été refaits en placage ainsi que les allées sablées à l’intérieur des cascades. Des végétaux en topiaires ont été installés dans des caisses à oranger, dans la partie supérieure des cascades. L’objectif est de redonner à l’ensemble un aspect et une qualité correspondant à l’écrin végétal réalisé par Léon Azéma.

Au titre des améliorations environnementales, il convient de citer la mise en place de dispositifs de franchissement pour les batraciens à l’intérieur des berges.
Finalement, débutés en octobre 2019, l’ensemble des travaux se sont achevés fin juin 2021, avec seulement deux mois et demis d’arrêt, en 2020, en raison de la pandémie. Pour admirer les cascades rénovées, rien de plus simple, il suffit de se présenter au Domaine départemental de Sceaux, tous les jours, à partir de 10 heures, jusqu’à 30 minutes avant la fermeture du parc.

 

Avant

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Après

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Après

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Après

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Crédit photos

Willy Labre